Conférence publique de l’Ancp : Wade, la cible
« La Constitution à l’épreuve de la gestion libérale », voilà ainsi libellé le thème de la conférence publique de l’Alliance nationale des cadres progressistes (Ancp) organisée hier au Térou-Bi. Les conférenciers, avec comme modérateur Moustapha Niasse, s’accordent à dire que le temps de réagir a sonné pour mettre fin au pouvoir libéral et adopter une nouvelle Constitution. Dans le discours d’ouverture du modérateur de la conférence, Niasse n’a pas manqué de décocher des flèches en direction du régime libéral. Pour le progressiste en chef, « les règles de bonne gouvernance (…) se trouvent piétinées sans limites, le principe de la séparation des pouvoirs ne bénéficie d’aucun respect, le pouvoir personnel à forte tendance monarchique s’exerce sans contrôle, la société sénégalaise est, du fait de la mal gouvernance, engagée dans notre pays par le régime politique en place, s’achemine vers un chaos qu’un sursaut national, engagé par tous les patriotes, est seul capable d’endiguer et d’éviter ».
Moustapha Niasse de poursuivre, en précisant que « le plan politique, le concept d’élections libres, transparentes et démocratiques, s’éloigne de plus en plus du rêve, de l’espérance et du droit des Sénégalais de choisir leurs dirigeants, à tous les niveaux ». Tandis que, ajoute-t-il, « dans le domaine économique, la corruption, les marchés de gré à gré, les dessous de table ( …) donnent à notre pays une image d’une République bananière (…) ».
Suffisant pour le leader de l’Afp pour se demander « ce qu’il y a lieu de faire ». C’est ainsi qu’il estime que le moment semble venu de relever « les défis et tous les défis ». Pour ce faire, dit-il, il s’agit « par la réflexion organisée, par l’action planifiée sur le terrain, par la poursuite d’objectifs qui visent la rédemption du Sénégal, le retour des valeurs cardinales qui font la force de notre peuple, par l’unité de tous les patriotes, par leur mobilisation organisée, il est possible, il est nécessaire, il est indispensable de mettre fin à cette situation ».
Moustapha Niasse ouvre ainsi la voie au Pr El Hadji Mbodj qui dit qu’"il y a eu un jeu de massacre de la Constitution du 22 janvier 2001 qui jouissait pourtant de l’adhésion populaire des Sénégalais ». En ce sens que, fait observer le constitutionnaliste, « il n’a jamais été question de changer la Constitution de 1963, mais de lui apporter des correctifs ». « J’avais la conviction que celui qui disait qu’il ne marchera pas sur des cadavres pour aller au Palais, ne torpillera pas en peu de temps la Constitution (14 modifications en 8 ans) ».
Selon Pr Mbodj, « Me Wade a commencé à bafouiller la (Loi fondamentale) et les institutions de la République depuis le jour de son investiture en imposant un hymne personnel, tous juste après la montée des couleurs… ». Le conférencier de souligner, également, « qu’il y a eu un détournement de procédure ». Car, explique-t-il, « Me Wade a oublié qu’il a été élu sur la base d’une coalition avec un programme de bonne gouvernance (…), l’Assemblée nationale et le Sénat sont aux antipodes des aspirations des Sénégalais ».
Tamsir Jupiter Ndiaye, intervenant sur le recul démocratique, abonde dans le meme sens. Pour lui « entre Wade et le peuple sénégalais, il y a une cassure, une rupture. Wade est aujourd’hui isolé, sa « loi » fondamentale et devenue son « moi » fondamental ». Selon le chroniqueur de Nouvel Horizon, « Wade n’est pas notre contemporain, il est un homme du passé ». "Le départ de Wade et l’adoption d’une nouvelle constitution sont les seules garanties pour un Sénégal de la modernité ». Dès lors, soutient-il, « le seul combat qui s’offre, est celui d’une famille et ses alliés contre tout un peuple, seul l’attaque frontale, l’affrontement peuvent ébranler Wade et non des communiqués de bureau politique, des interventions sur tel ou tel sujet… ».