Economie : Face à la crise, le calvaire nos émigrés

Publié le par guissguiss

Selon les données de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), on chiffrait en 2007 à près ou plus de 550 milliards de francs CFA le montant des fonds rapatriés par les migrants. Ces transferts financiers qui dépassent de loin l'aide publique au développement ont connu une forte baisse de plus de 30% en 2008. La crise économique mondiale, durement ressentie par nos compatriotes éparpillés à travers l’Europe et les Etats-Unis, plonge peu à peu les émigrés dans une misère sans nom. Mais au-delà du transfert d’argent, d’autres secteurs comme celui des importations, du bâtiment et même celui du soutien à la consommation des ménages en pâtissent. Face à la crise, entre chômage, situation irrégulière, xénophobie, nos compatriotes émigrés vont mal, très mal. C’est le calvaire quotidien. Certains d’entre eux retournés au pays ou en encore en semi-activité dans leur pays d’accueil lèvent un coin du voile de pudeur qui les entoure à travers des témoignages poignants.
Au même titre que les résidents qui apportent leur pierre à l’édifice de la nation, les émigrés sénégalais présents un peu partout en Europe ou aux Etats unis, et même en Asie, ajoutent un plus value à l’économie nationale. Les structures de transfert d’argent, voie officielle, témoignent annuellement de plus de 500 milliards de francs CFA rapatriés. Ce montant de 550 milliards Cfa selon certains, celui du circuit officiel, d’après les experts ne représenterait que la moitié, plus explicitement l’argent qui passe par les structures de transfert d’argent. L’autre partie invisible de cet iceberg est celle des envois par le canal des voyageurs ou commerçants qui en achètent des marchandises.
Selon les estimations du représentant résident du Fonds monétaire international (Fmi), Alex Ségura «le transfert officiel des émigrés estimés en 2008 autour de 555 milliards sera projeté en 2009 aux environs de 400 milliards, ou à 900 milliards de francs Cfa compte tenu du circuit officieux. » Trois mieux que l’aide publique au développement.
Mais avec la crise économique et financière mondiale actuelle-la plus grande après celle des années trente- cet apport à notre économie plonge vers le bas entrainant ses acteurs dans une misère noire. Oui ; nos émigrés ont beaucoup souffert l’année dernière!
Pourtant après 2008, cette année 2009 pourrait voir perdurer cette baisse.
Ce flux des transferts qui « atterrissait » généralement dans le panier de la ménagère, avait aussi un impact non négligeable sur les investissements privés immobiliers, car si le bâtiment va force est de constater que le Sénégal se construit de l’Extérieur.
Les émigrés entre chômage et situation précaire
Selon des estimations préliminaires du BIT, "le nombre de chômeurs (dans le monde, ndlr) pourrait passer de 190 millions en 2007 à 210 millions fin 2009", soit une augmentation drastique de 20 millions de personnes touchées par la débâcle financière mondiale.
Le nombre de "travailleurs pauvres" qui vivent avec moins d'un dollar par jour pourrait croître de 40 millions tandis que celui des personnes gagnant moins de deux dollars pourrait augmenter de 100 millions entre 2007 et 2009, selon le directeur du BIT.

Moins favorisés que les nationaux, parmi les couches les plus exposées figurent les immigrés, dont nos compatriotes qui frappés de plein fouet survivent plus qu’ils ne vivent.
A la fin 2008, rien que l’Espagne comptait plus de 400 000 chômeurs étrangers, soit une augmentation de 94% en un an.
D’après des statistiques disponibles sur le net, si le taux de chômage moyen flirte avec les 14%, pour les étrangers il dépasse de loin les 21%.
Selon les projections du gouvernement espagnol, il devrait atteindre en 2009 le double de 2007. Car Celestino Corbacho, ministre du Travail et de l’Immigration espagnol, a évoqué la possible suppression en 2009 du recrutement « à la source » de ces derniers, une disposition qui toucherait en premier lieu les Marocains, les Sénégalais et les Mauritaniens.

En Italie, l’une des terres les plus hospitalières d’Europe en matière d’émigration, c’est aussi le temps des vaches maigres, d’abord pour les autochtones mais surtout pour les étrangers.
Selon son Bureau national Italien des Statistiques, le taux de chômage au cours du dernier trimestre de l'année 2008 a grimpé à 7,1% contre les 6,6% de l'année précédente à la même période et était en hausse de 0,2% comparativement au trimestre précédent.
I.D. est momentanément de retour au pays depuis plus de six mois. Il totalise pourtant plus de quinze ans en Italie. Pour lui la gravité ou la précarité de leur situation vue sur la dimension locale trouve cependant une explication logique.
« Si pour une raison ou une autre une crise aigue frappe le Sénégal, la priorité à l’emploi serait réservée aux autochtones. Si maintenant des obligations de survie poussent ces derniers à vouloir briguer les postes autrefois minimisés, détenus par exemple par des guinéens ou autres nigériens, la fibre patriotique jouera en faveur des proches. »
A la lecture de ces propos le mal-vivre de nos compatriotes à l’étranger se conçoit mieux.
En France aussi, les effets de la crise ont été durement sentir dans l'industrie. Les fleurons nationaux du secteur avaient commencé dés 2008 à mettre en place des plans de réduction d'activité, avec le chômage partiel dans plusieurs secteurs.
Ce chômage temporaire ou technique variant de cinq à dix-huit mois concernait souvent dans sa première vague la classe la plus exposée, les émigrés.

Emigrés entre le marteau et l’enclume
Un adage bien sénégalais enseigne qu’« Emigrer est déjà un acte de courage, mais savoir saisir l’opportunité de revenir est aussi une initiative non moins digne » Depuis le début de la crise économique, peut-être même avant soulignent certains émigrés, parmi bon nombre d’entre eux, le « qu’en dira-ton » les retient. Sinon avec le billet et un minimum, ils seraient déjà retournés au pays depuis fort longtemps.
Mais conscients aussi de la situation économique difficile qui les attend au retour au pays natal, pour beaucoup d’émigrés rester n’est pas un choix mais une obligation. Car à défaut de pouvoir continuer à envoyer sa contribution mensuelle, bimestrielle voire événementielle, nos « messies économiques » ont la clairvoyance de ne pas être revenir pour être à la charge de cette famille pour laquelle, ils triment en terre d’accueil. Mais des fois aussi leur situation irrégulière ne leur guère d’autres opportunités que de rester en terre d’accueil avec un salaire de misère ou même des fois sans…
Toujours selon I.D. la précarité de leur situation bien avant la crise avait débuté avec l’ouverture des frontières aux pays de l’Est. Car si dans un premier temps, les pays africains avaient vu les pays occidentaux tourner leur aide au développement vers ces anciens Etats communistes, eux aussi en termes de pertes d’emploi en ont souffert. Ces « rivaux d’un genre nouveau » comme des ogres sur le marché du travail ne crachaient sur rien.
La crise a joué sa désagréable partition en s’y ajoutant, car les offres de travail étaient revues à la baisse, aussi bien en nombre qu’en salaire selon notre concitoyen. « Là où moyennement on nous offrait 1000 euros par mois pour 8 heures de travail, les polonais et autres roumains pouvaient accepter le même boulot non seulement pour 600 Euros par mois mais aussi pour à 12 heures de travail. C’est sans aucun doute une forme d’exploitation éhontée, qui pour certains était quand même une aubaine.
La durée de travail aussi ne dépasse guère 15 jours car c’est rare de voir des veinards faire comme avant, c'est-à-dire enchainer le mois plein.
B G lui va même plus loin dans les détails « Imaginez un salaire de moins d’un million-qui ne suffisait à peine à nos besoins-et qui du jour au lendemain chute à 500 000 francs Cfa. De cette misère avec l’apport des amis ou parents avec qui vous vivez sous le même toit, vous devez payer un loyer qui oscille entre 600 et 700 000 francs mensuel. A cela vous ajoutez la facture du gaz, celle de l’eau et puis de l’électricité. Que vous restera-t-il ? Si par miracle, il subsiste des miettes, la cotisation pour la bouffe, réclamera sa part. Si le miracle persiste, calculez les frais du transport mensuel pour le boulot ou la quête du travail. Voilà, si demain des parents restés au pays vous appellent pour des dépenses de première nécessité, ou d’autres urgences, il ne vous restera que des larmes pour pleurer.»
Des réactions proches de la xénophobie, du racisme
I D, le sénégalais de Rimini l’expliquait tantôt, face à la crise, diverses mesures ont été prises au niveau des Etats d’accueil. Mais des réactions proches de la xénophobie et même du racisme ont été souvent notées. Les populations naguère très agréables et accueillantes se sont presque métamorphosées. La crise attise l’égoïsme et la xénophobie, et dans une certaine démesure peut même pousser vers le racisme.
En 2005, témoigne F Ch., l’Espagne avait régularisé 600 000 travailleurs en situation irrégulière, une des raisons par laquelle j’avais quitté le royaume d’Angleterre mon premier pays d’accueil pour ce pays d’adoption. Mais très critiqué par les autres pays de l’Union Européenne, le gouvernement de José Luis Zapatero, au vu de la nouvelle donne économique, a revu radicalement sa « politique ». Ce fut comme si nos hôtes s’étaient métamorphosés. Après la régularisation massive de 600 000 clandestins en 2005, le gouvernement espagnol annonce en juillet 2008 un nouveau plan destiné à nous inciter au retour. Cette initiative du ministre socialiste du travail et de l'immigration, Celestino Carbocho, nous proposait de percevoir nos Assedic en deux tranches si nous nous portent candidats au rapatriement volontaire. (L’ASSEDIC présente est presque partout en occident, en France elle est une loi associative de 1901 qui gère au niveau local, les conséquences pécuniaires de la perte involontaire d’emploi des salariés qui ont cotisé à l’assurance chômage)
Pourtant poussant le bouchon plus loin, le gouvernement de Zapatero annonce la même année qu'il réformera l'actuelle loi sur les étrangers. D’ailleurs un avant-projet pour durcir les mesures actuelles a déjà été approuvé. Dans cette modification, « est sanctionné avec des amendes allant jusqu'à 30 000 euros, celui qui promeut la permanence irrégulière d'un étranger en Espagne ». Celui qui héberge un sans-papiers dans sa maison fut-il son propre frère, devient criminel aux yeux de la loi. Cette chasse aux immigrants fut pour mon ainé qui m’hébergeait un grand dilemme, mais nous avons tenu.
Et c’est ainsi partout en terre d’accueil, les chômeurs-si ce ne sont les gouvernants, font retomber le coût de la crise sur les travailleurs émigrés. Parmi eux, les plus exploités et les plus exposés sont Africains noirs ou arabes et même les venants des pays de l’Est. Leur particularité, ils sont plus présents dans les secteurs comme la construction et l'industrie.
En Grande-Bretagne à un certain moment la situation a fait craindre le pire, au fur et à mesure que perduraient la crise et ses effets. Plusieurs centaines de salariés du secteur de l’énergie avaient vigoureusement protesté contre le recours à des travailleurs étrangers. Leur grève visait à dénoncer la présence des émigrés embauchés à des salaires inférieurs que ceux des Britanniques, avec ou sans la moindre couverture sociale.

Publicité

Publié dans Economie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article