PLAN DE SUCCESSION
La défénestration de Farba Senghor de son poste de ministre de la république n’a certainement pas été prévue par Wade. Tant qu’il restait dans sa mission de fou du roi, il pouvait encore garder sa place et ses privilèges. Farba a été un pion important sur l’échiquier de Wade. Il a contribué à écarter Idrissa Seck, à combattre Macky SALL, à défendre le fils de Wade. Il ne lui restait qu’à attendre de nouvelles missions pour montrer toute sa compétence dans les rôles qui lui sont confiés. Mais il voulait trop prouver pour coloniser de nouvelles charges.
Wade est déjà très avancé dans sa stratégie. Il a besoin de cerner deux facteurs incontournables dans l’optique d’une succession paisible : la légalité et la légitimité. Il s’est déjà arrangé pour avoir un parlement acquis à sa cause. Le vote des lois passera comme lettre à la poste. Il y’aura aucune difficulté à ce niveau. Ensuite vient la question de la légitimité. Sur celle-ci, Wade rencontre plus de difficultés que sur la première. Son fils ne peut pas passer à l’occasion d’élections libres et transparentes. Il le sait. Mais ce n’est pas un obstacle pour quelqu’un qui a réussi à passer au premier tour, en 2007, en déjouant tous les pronostics. Wade sait que son fils peut emporter des élections à défaut de pouvoir les remporter. Karim n’a pas commencé sa stratégie par une décente sur le terrain politique.
Cette activité interviendra en dernier ressort pour chapeauter un plan en phase d’achèvement. Il aura juste besoin d’un nombre assez important, déplaçable et gonflable par le moyen des ntic. Il ne va pas se tuer pour créer une base politique conséquente, il n’en a pas besoin puisque l’option n’est pas la voie démocratique. Elle peut avoir une connotation démocratique mais elle ne le sera pas en réalité. La portion magique de passage forcé à dose de fichier manipulé et d’achat de consciences peut toujours servir. Mais ce que Wade craint c’est que ces procédés antidémocratiques, déjà connus et détectés ne puissent pas fonctionner comme sur des roulettes.
La légitimité usurpée demandera pour cette fois un travail plus sérieux. Trouver et rallier le maximum de complices dans le groupe des journalistes, chefs coutumiers, marabouts, intellectuels… est un choix avancé dans la perspective de la légitimation d’une forfaiture par une opinion nationale virtuelle. Chez les marabouts, la démarche semble concluante, du coté des intellectuels, il en compte de renoms dans son camp. Des personnes qui brillent dans tous les domaines de compétence, prêtes à tous les sacrifices pour nous convaincre de la justesse de toute sorte de forfaiture.
Le seul groupe qui peut tenir tête à Wade est celui des journalistes. Wade a cherché, par tous les moyens, à les manipuler, sans y parvenir. C’est pourquoi, une campagne de discrédit contre la presse réfractaire a été enclenchée tout en se satisfaisant des répliques. L’idée est simple : faire de cette presse un adversaire déclaré du pouvoir, dont les propos devront, dorénavant, être vus sous l’angle d’adversaires du pouvoir. Si Wade parvient à contrôler l’ensemble des télévisions, (ce qui semble être le cas) et une partie de la presse écrite et radiophonique, le tour sera joué. A l’annonce de résultats ou après une forfaiture, il y’aura deux versions : celle de la presse dite libre mais manipulée et celle de la presse à laquelle, ils auront déjà réussi d’accrocher le sobriquet « d’opposition. ». Le reste n’est qu’une question de communication et de campagne de persuasion auprès des forces occidentales dont la complicité peut être acquise en amont. D’ailleurs Karim Wade y travaille. Sa dernière rencontre avec SARKOZY montre qu’il est entrain de chercher le soutien des puissances occidentales. Il n’est point besoin de s’y attarder : les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Si Karim leur promet des dividendes économiques, ils ne se priveront pas d’être de simples spectateurs qui finiront par se ranger à la volonté souveraine d’un Etat.
Les sénégalais n’ont pas jubilé au lendemain de la victoire de Wade à la dernière élection présidentielle. La raison est simple : ils n’ont pas majoritairement voté pour lui. Ils l’ont prouvé quelques mois après avec le boycott massif des élections législatives. Mais cela n’a pas empêché à Wade de gouverner et de jouir de ses prérogatives constitutionnelles. C’est cette fin là qu’il cherche pour son fils.
Qu’importe les procédés utilisés, l’essentiel est qu’il soit au sommet.
C’est pourquoi le combat de l’opposition doit s’accentuer sur la création d’une force dissuasive capable de faire réfléchir Wade, à deux fois, avant de penser à violer un principe démocratique. Une forte alliance doit faire face aux Wade pour éviter à notre pays de tomber dans une monarchie républicaine. Les guerres de chapelle entre membres de l’opposition ne feront que des perdants puisque l’installation de Karim les amènera tous à la retraite. Des actions citoyennes, en dehors de celles politiques doivent également se manifester. C’est une affaire qui nous concerne tous.
Fatou Diop