Ils partiront quand même...
Monsieur le Président WADE comprenez le désarroi d’une jeunesse sans avenir:
Ils partiront quand même...
A Monsieur WADE, Président de la république du Sénégal,
L’une de vos préoccupations aujourd’hui semble être d’endiguer le flux ininterrompu des immigrés clandestins qui assiègent les frontières maritimes de l’Union Européenne, immigrés clandestins qui, pour beaucoup, viennent du Sénégal. Et pourtant…
Nous constatons depuis longtemps que votre lutte contre ce fléau était farouche et des milliers de cadavres balisent déjà l’Atlantique et la méditerranée quand les frêles embarcations rendent l’âme au détroit de Gibraltar, quand flottent des cadavres de jeunes Africains pour qui l’espoir n’était qu’un mot.
Qu’une route se ferme, une autre s’ouvre, car n’oublier pas Monsieur le Président les autoroutes d’Europe avec son lot de conteneurs... et il va en être ainsi pour longtemps !
Vous pouvez bien recevoir ces humiliants charters de « retour en Afrique » qui blessent profondément l’âme hospitalière Sénégalaise, lui qui garde mémoire d’avoir été convoqué pour défendre la mère patrie,
vous pouvez bien demander à l’Espagne qui reste votre partenaire privilégié dans ce combat sans issue de vous fournir toute sa flotte maritime pour la surveillance des cotes, mais ils partiront.
vous pouvez bien organiser des arrestations sur les plages Sénégalaises sous les feux des caméras de la télévision, cela rassurera peut-être vos partenaires au développement et vos donateurs Européens mal informés, mais cela n’arrêtera pas le départ des sans espoir.
Ils partiront quand même parce que les gouvernements africains n’ont jamais voulu mettre en place des politiques de développement durables pour que les populations puissent vivre du travail de leur terre. Vous refusez de distribuer équitablement les richesses qui leur donnent la possibilité de rester chez eux. Vous refusez d’investir dans l’agriculture familiale qui seule peut fixer les populations chez elles.
Vous avez toujours préféré distribuer de l’argent aux populations militantes politiques. Vous préférez apporter une solution tardive avec vos dons d’Iran et d’Inde de produits invendus transportés à grands frais, plutôt que de créer un environnement économique permettant aux jeunes africains de développer leurs propres potentialités et leurs capacités.
Vous destabilisez les familles avec les faux prix du pseudo marché mondial, que vous bricolez à votre guise (par des augmentations ou des sur taxations). Et vous annoncez à tous cette nouvelle soi-disant vérité : Commerce ultralibéral.
Alors que nous voyons chaque jour que cette recette ne fait qu’enrichir vos militants et appauvrir les autres...
Ils partiront quand même, parce que vos collègues Européens l’ont trop souvent réduit à une simple surveillance des cotes ou à des financements ponctuels favorisant des régimes corrompus à la tête d’Etats où règnent le non-droit, la corruption et le mensonge. Peu de chance alors de voir les jeunes se motiver dans un tel environnement. Ils veulent partir en Europe, et ils partiront.
Ils partiront quand même parce que, quittant la campagne, ces jeunes ne trouvent dans les villes ni travail, ni perspective d’avenir. Les quelques emplois qui existent sont déjà aux mains d’une minorité de militants. Restent les seuls chemins de l’aventure c'est-à-dire de l’Europe.
Ils partiront quand même parce que finalement l’Europe en a besoin
dans l’agriculture (légumes, fruits et primeurs) parce que la grande distribution, en écrasant les prix, ne permet pas de salarier normalement ceux qui produisent et récoltent,
dans le bâtiment, parce que les contrats de sous-traitance de nos grands groupes BTP, s’ils favorisent la création d’importants bénéfices, ne permettent pas non plus de rémunérer normalement la main-d’œuvre de ce secteur,
et parce qu’il faudra bien soutenir la croissance de certains pays Européens.
Quand la communauté européenne prendra conscience que le monde a besoin de toutes les agricultures du monde,
quand la communauté européenne décidera qu’il est juste et bon que l’Afrique protège ses filières de productions naissantes (agricoles et autres) pour parvenir à la souveraineté alimentaire,
quand la communauté européenne ouvrira vraiment ses marchés aux productions de l’Afrique sub-saharienne pour qu’elle devienne enfin solvable,
quand la communauté européenne renoncera à imposer ses Accords de Partenariat Economique (APE, qui sont en fait des accords de libre-échange) qui vont ruiner ce qu’il reste encore de production locale et appauvrir un peu plus les Etats africains,
quand la communauté européenne cessera de soutenir les " Présidents dictateurs " africains,
Alors, Monsieur le Président, alors seulement, peut-être, la pression sera moins forte à leurs frontières.
Idrissa Ben SENE