NOUVEAU GOUVERNEMENT: Wade se fout du peuple

Karim Wade n’a pas eu l’aval des électeurs de Dakar. C’est un fait que pour sa première tentative, il a essuyé une cuisante défaite lors du dernier scrutin municipal. Mais il a une veine incroyable : papa se trouve être le chef de l’Etat et cela ouvre des portes. Logique donc que Karim, le fils bien-aimé, se trouve soudainement propulsé au sein de la nouvelle équipe gouvernementale sénégalaise.

Le voilà ministre d’Etat, ministre de la Coopération internationale, de l’aménagement du territoire, des transports aériens et des infrastructures. On le sent, cette ascension fulgurante dérange. Jusque-là, les remue-ménage, les remue-méninges autour du nom de Karim Wade, ont fait des victimes dans les rangs des partisans et adversaires de son président de père. On se rappelle l’un des derniers épisodes de ce qu’on pourrait qualifier de "la saga des Wade" : Macky Sall, a été vertement renvoyé pour avoir, entre autres, osé demandé des comptes au fils prodigue quant à sa gestion des fonds de l’Organisation de la conférence islamique à Dakar. En dépit de tout, aujourd’hui, Karim a acquis du galon.

Les départements placés désormais sous sa gouverne sont non seulement stratégiques, mais ils permettront aussi au président monarque de dormir tranquille. Ceci, en ayant le sentiment qu’il a l’homme qu’il faut, à la place qu’il faut, pour mobiliser les énormes ressources que ces nouvelles attributions lui confèrent. Karim Wade n’occupe donc pas son poste par hasard. Mais cette irruption ne lui rend pas pour autant service. Bien au contraire, elle va nourrir la haine qui couve dans les rangs de ceux qui combattent les méthodes du père. A son avantage, le fils Wade a des carnets d’adresses bien fournis. Dans l’ombre de son père, il a pu, au fil du temps, tisser des liens jusque dans les milieux aéronautiques occidentaux les plus insoupçonnés.

Il les utilisera au mieux pour résoudre les nombreux problèmes qui handicapent le transport aérien sénégalais. De ce super ministre, les Sénégalais voudront certainement obtenir de super résultats. Wade ne l’ignore pas, qui devra relever bien des défis pour mieux positionner le fils. Un autre échec lors des consultations à venir ne sera pas facile à digérer. Au-delà des supputations qui ont cours, on peut se demander quels types de liens existeront désormais entre le père, le fils et le nouveau Premier ministre. Karim rendra-t-il directement compte de certains dossiers à papa ? Le fils Wade devra-t-il oui ou non se plier aux exigences de son chef de gouvernement ? Jusqu’à quand ?

Quoi qu’il en soit, on peut se fier au flair du président Abdoulaye Wade. Vieux lutteur, il a plus d’un tour dans son sac. Aidé en cela par sa vaste et profonde connaissance des acteurs et du terrain politique sénégalais. On peut lui reprocher sa gestion paternaliste et familiale du pouvoir, et son goût à peine dissimulé pour l’autoritarisme. Mais c’est un fin renard, et ce qui arrive aujourd’hui, ne devrait point étonner. Depuis son arrivée à la tête de notre cher Sénégal, Wade a habitué l’opinion à ses tours de passe-passe et à ses sorties désastreuses pour la démocratie. Sans fioritures, il fait et défait qui il veut, dans un pays dont pourtant l’enracinement démocratique avait valu d’encourager bien d’autres à lui emboîter le pas.

Aujourd’hui, la situation se présente autrement. Il est vrai que sur le continent, les chefs d’Etat ont pris l’habitude, aux yeux des peuples et à la barbe des bailleurs de fonds, de gérer les pays comme bon leur semble. Certes, Karim a eu auprès de papa ce qu’il n’a pu obtenir par la voie des urnes à Dakar. Mais il peut aussi avoir été nommé à son corps défendant ! Sait-on jamais ce qui peut se tramer entre un père et son fils ! En tout cas, en tant que citoyen sénégalais jouissant de tous ses droits et doté de facultés intellectuelles le rendant apte à gérer les affaires publiques, le fils Wade peut, autant que les autres, revendiquer l’exercice du pouvoir. Mais s’il a autant de droits que les autres, les circonstances de sa nomination lui sont par contre bien défavorables. Et c’est là où le bât blesse. Le néophyte de Karim cumule en effet des fonctions dont l’importance n’a d’égale que les privilèges bien particuliers qu’elles accordent au déjà tout-puissant clan des Wade.

La nomination inquiète et interpelle les consciences car bien d’autres clowns du chef de l’Etat ont été remerciés suite au mauvais score enregistré lors de ces élections municipales. Qui voudrait-on donc narguer ? L’électeur ? Le militant ordinaire du PDS ? ou simplement le peuple?
Pour moi, c'est le peuple. 

Karim aura certainement les moyens de sa politique, laquelle est assurément celle de son père. Mais combien seront-ils à le suivre dans cette aventure qu’on dit destinée à le préparer à prendre la succession de papa Wade ? Les démocrates sénégalais n’ont qu’à bien se tenir : la dynastie Wade est en marche. Seule la survenue d’un cataclysme pourra la stopper dans son acharnement à forger un Sénégal…à son image.