La Côte d’Ivoire entre dans une semaine décisive...

Publié le par guissguiss

La Côte d’Ivoire entre dans une semaine décisive, qui préfigure des confusions de ménage entre le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo et les Forces nouvelles. Le premier couac direct entre le couple Gbagbo-Soro pourrait naître cette semaine. Les déclarations de Gbagbo, notamment, sur la disparition des Com-zones, à partir d’aujourd’hui, a déclenché chez les Forces nouvelles, un volet de bois vert, pour ne pas dire un coup de colère... Dans son intervention télévisée du jeudi dernier 1er mai, Laurent Gbagbo a annoncé pour ce lundi 5 mai 2009, le déploiement de 8.000 militaires à l’échelle du pays. Ce qui, selon lui, déboucherait sur l’effacement total et entier des espaces CNO ( Centre Nord et Ouest), des Com-zones des Forces armées des Forces nouvelles ( Fafn). “ Les préfets ne sont pas sous les ordres des “ Com-zones ”. Ils sont à côté. On assiste à un pouvoir bicéphale dans chaque département, aujourd’hui. Mais ce bicephalisme est inacceptable, dans le cadre de la réunification. Mais les préfets ne travaillent pas sous les ordres des Com-zones. Il y a les pouvoir des préfets. Le déploiement des 8.000 hommes, c’est pour mettre fin au pouvoirs des Com-zones... Et le 5 mai ( aujourd’hui, Ndlr), ce sera effectif. Après le déploiement de ces hommes, le Premier ministre ira ensuite passer le pouvoir aux préfets, et ce sera fini. Mais pour le moment, il y a effectivement un bicephalisme qu’il nous faut corriger. Ce sera fait à partir du 5 mai ”, a martelé le chef de l’Etat. Cette sortie de Gbagbo qui apparaît comme un camouflet aux Forces nouvelles, n’a pas été de leur goût, au point qu’elles ont rigoureusement réagi hier dimanche 3 mai, par la bouche de Félicien Sékongo, conseiller de Soro Guillaume chargé des Ong, associations et confessions religieuses. “ Pourquoi vous pensez qu’après la passation des charges entre les Com-zones et les Préfets, les Com-zones disparaîtront ? ”... “ On a les FDS dans la partie du sud du pays. Pourquoi on pense que les Forces armées des Forces nouvelles ne doivent pas exister au niveau des CNO ” s’est-il interrogé, avant de lâcher la décharge. “ Les Com-zones resteront en place. Ils n’iront nulle part jusqu’à ce qu’on procède à la réforme et à la restructuration de l’armée. Ça aussi, l’accord le consacre. Donc, les Com-zones resteront en place jusqu’à ce qu’il y ait des élections. Après les élections, le nouveaux président va donc signer la loi indiquant la composition de l’armée de Côte d’Ivoire ”, a fait savoir ce proche collaborateur du secrétaire général des Forces nouvelles, le Premier ministre Guillaume Soro. ... Rébus politique... Par ces propos, le conseiller de Soro tranche la sempiternelle question sur le désarmement des ex-rebelles avant ou après l’élection présidentielle. Félicien Sékongo et Laurent Gbagbo exploitent, à leur avantage, les passages du compromis politique de Ougadougou, qui, il faut le dire, reste un véritable “ rébus ”, du fait de sa complexité et de la confusion de certains articles qui le composent. En son article 2, l’accord complémentaire 4 de Ouagadougou, signé le 22 décembre 2008, indique clairement que “ la mise en place effective de la nouvelle armée nationale interviendra au plus tard un mois après l’investiture du nouveau Président de la République ”. Pour ce qui est de l’article 5 alinéa 5, l’accord stipule ceci : “ En attendant leur intégration dans la nouvelle armée nationale, les ex-combattants des Fafn seront regroupés, sous le commandement de l’état-major des Forces nouvelles appuyées par les Forces impartiales pour une formation commune de base dans les camps militaires de Bouaké, Korogho, Man et Ségula, à raison d’un camp par ville. Leur prise en charge sera assurée par l’Etat ”. Une autre disposition de cet accord complémentaire qui devrait ouvrir la voie au déploiement des Fds, l’article 3 , qui traite de la mise en place du CCI, du désarmement des ex-rebelles et du stockage des armes, mais qui n’a jamais été mis en œuvre. S’il est vrai que la démobilisation des ex-combattants des Forces armées des Forces nouvelles (Fafn) doit s’achever, au plus tard deux mois avant la date fixée pour l’élection présidentielle , il est aussi vrai que certains actes qui devraient être accomplis avant cette ultime phase n’ont pas connu un début de mise en œuvre. La date du premier tour n’est pas connue, le CCI est toujours au stade du virtuel, la démobilisation des Ex-combattants et le démantèlement des milices ne sont toujours pas entrés dans leur phase opérationnelle. Dès lors, chaque camp tire la couverture sur soi, suivant l’angle de ses intérêts personnels. La décision, pour le moins brutale de Gbagbo de déployer, à partir du mardi 5 mai 8.000 hommes pour mettre fin au pouvoir des Com-zones et qui vient d’être rejetée par les Forces nouvelles est la preuve qu’on fait du sur place dans ce processus de sortie de crise. Si c’est une comédie, disons que chaque acteur joue bien son rôle. Car il est difficilement acceptable que le chef de l’Etat déclare, solennellement, mettre fin au pouvoir des Com-zones sans qu’il n’ait requis, au préalable, l’avis du secrétaire général des Forces nouvelles, qui se trouve être son Premier ministre. Si non, il faut s’attendre à une crise profonde entre les deux hommes à partir de mardi. Si oui, la réaction de Félicien Sékongo serait la marque d’une volonté commune des deux protagonistes signataires de l’accord de paix de distraire la communauté ivoirienne et internationale...

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