La stabilité de « BSS » à l’épreuve du choix des maires

Publié le par guissguiss

HÉGÉMONIE DU PS ET DE L’AFP, FAIBLE PRÉSENCE DES AUTRES ALLIES... : La stabilité de « Bennoo Siggil Sénégal » à l’épreuve du choix des maires

Après avoir gagné 151 collectivités locales lors des élections du 22 mars dernier, la Coalition Bennoo Siggil Sénégal fait face à l’équation du partage du gâteau, le choix des hommes chargés de conduire les mairies ou conseils régionaux qui sont tombés dans son escarcelle. Les opérations débutées récemment sont largement à l’avantage du Parti socialiste et de l’Alliance des forces de progrès (Afp) qui voient leurs hommes caracoler à la tête des collectivités locales. Les autres partis membres de la coalition se contentent des postes d’adjoint ou de vice-président à l’exception du Front pour le socialisme et la démocratie (Fsd/Bj) et l’Alliance pour la République qui contrôlent maintenant les communes de Saint-Louis et Fatick. Une menace pour la stabilité du Bss ?

Avec 151 collectivités locales gagnées dont 3 régions, 30 communes (sur 113), 27 communes d’arrondissement (sur 46), 91 communautés rurales (sur 370), correspondant à un nombre voix exprimées, en sa faveur de 769.613 voix, la Coalition Bennoo Siggil Sénégal est sortie la tête haute. Cependant, dans la répartition des taches dans les zones qu’elle a gagnée, c’est la misère chez les « petits partis » qui la composent. L’Afp et le Ps semblent se tailler la part du lion. Ses responsables locaux sont élus dans presque toutes les communes tombées dans l’escarcelle de l’opposition.

Cela est plus visible à Dakar. Dans le département de Guédiawaye, les quatre communes d’arrondissement gagnées par l’opposition sont entrées dans la besace des deux héritiers de Léopold Sédar Senghor : Sahm Notaire, Golfe, Wakhinane-Nimzatt pour le Ps, Ndiarème-Limamoulaye pour l’Afp. L’hégémonie du Ps s’est plus manifestée dans le département de Dakar où les socialistes, dans les 14 communes d’arrondissement remportées par l’opposition, les responsables du Ps de la capitale sont maires. Il s’agit notamment de Alioune Ndoye, Jean-Baptiste Diouf, Me Biram Sassoum Sy, etc. qui sont désormais aux commandes des communes d’arrondissement de Dakar-Plateau, Grand-Dakar et Médina. Le scénario est identique à Pikine. Le socialiste Idrissa Diallo a succédé au vice-président du Sénat Kansoubaly Ndiaye à la tête de la commune de Dalifort. Mbacké Diop est élu à Keur Massar.

Dans la ville de Dakar, Khalifa Sall a été élu devant son allié, Imam Mbaye Niang, leader du Mouvement de la réforme pour le développement social (Mrds).

A Guédiawaye, l’ancien maire socialiste Chérif Macky Sall a été plébiscité. Parti pour amorcer un bras de fer avec lui, le patron du Mouvement pour l’alternance générationnelle (Mac), Cheikh Sarr, a retiré sa candidature au dernier moment pour « respecter la dynamique unitaire de l’opposition ».

Le progressiste El Hadji Malick Gakou a été installé à la tête du Conseil régional de Dakar.

Appel au dépassement de Moustapha Niasse

Les autres partis membres de la Coalition Bennoo Siggil Sénégal se contentent des postes d’adjoint avec Ousmane Badiane et Aly Aïdar qui sont respectivement 1er vice-président du Conseil régional de Dakar et 2ème vice-président, chargé de l’Environnement. Là où le Secrétaire général du Mouvement pour le socialisme et l’unité (Msu) occupe le poste de secrétaire élu.

Un autre rang d’adjoint est revenu à un responsable du Niaxx Jarinu à Sahm Notaire.

Cette figuration fausse-t-elle la philosophie qui avait guidé la mise en place de la Coalition ? On a tenté de répondre affirmativement à la lumière des réactions des autres partis membres de Bennoo Siggil Sénégal. A 24 heures de l’élection du Conseil régional de Dakar, Aly Aïdar avait annoncé sa candidature. Joint au téléphone, il justifiait son choix par la nécessité pour son parti de participer au développement de la capitale. Derrière sa candidature se cachait manifestement une volonté de dénoncer l’hégémonie du Ps et de l’Afp. Comme l’avait clairement fait Massène Niang qui indiquait récemment le refus de son parti d’un diktat d’autres formations politiques au sein de la coalition. Il y a eu d’autres contestations au sein des forces de l’opposition. Ce qui avait suscité un appel au dépassement du leader de l’Afp. Dans une lettre adressée aux leaders de la Coalition, Moustapha Niasse appelait « tous les acteurs, en particulier les nouveaux élus, à faire preuve du même esprit unitaire et de solidarité dans la composition des nouvelles équipes municipales, rurales et régionales afin que dans la sérénité et le consensus émergent de nouveaux bureaux ». Il s’agit, selon lui « partout de faire respecter l’esprit du gagner ensemble et gérer ensemble avec les populations ! ». M. Niasse poursuit : « ayant gagné ensemble, l’obligation qui s’impose à nous est de gérer ensemble. Il s’agit d’une responsabilité induite par la nature et la signification du scrutin du 22 mars 2009 ».

L’appel à l’ordre du progressiste a-t-il été entendu ? Depuis le début des élections des conseils régionaux, municipaux et ruraux, les jours se suivent et se ressemblent pour le Ps et l’Afp qui sont aux commandes dans les zones gagnées par la Coalition. « La mainmise de l’Afp et du Ps est réelle. Il faut reconnaître que ce sont les deux partis les plus massifs. Pendant les investitures, ils ont mis leurs candidats », confie Cheikh Sarr. Le responsable du Mac reconnaît également que les deux formations politiques ont « de fortes personnalités dans les localités, ce qui fait que qu’elles ont plus de chance pour faire passer leur candidats ».

Les exceptions

Les contestations n’ont pas permis de changer la réalité sur le terrain. Les collectivités locales de l’intérieur du pays, remportées par la coalition n’ont pas échappé aux socialistes et aux progressistes.

A Diourbel, Me Jacques Baudin a fini de s’installer devant la progressiste Diariétou Sarr. Ses camarades Me Aissata Tall Sall et Aminata Mbengue Ndiaye sont à Podor et Louga. Madieyna Diouf, le N°2 de l’Afp, est aux commandes à Kaolack. Nioro et Kaffrine sont entre les mains du Ps.

Seuls Fatick, Saint-Louis et la commune des Hlm ont échappé à l’hégémonie du Ps et de l’Afp. Après avoir conduit la liste régionale et communale de la coalition Bennoo Siggil Sénégal à Fatick, Macky Sall, le leader de l’Alliance pour la République (Apr) a été réélu maire de la capitale du Sine. Le Conseil régional de cette collectivité locale est maintenant contrôlé par l’Afp après un combat âpre entre le socialiste Mamadou Faye et le progressiste Coumba Ndoffène Bouna Diouf. Dans la vieille ville, le Secrétaire général du Front pour le socialisme et la démocratie (Fsd/Bj) remplace le libéral Ousmane Masseck Ndiaye. C’est la récompense du courage. Cheikh Bamba Dièye a conduit la liste de Bss sortie victorieuse devant la Coalition Sopi avec son contingent de ministres candidats. Cette exception semble légitimer la mainmise de l’Afp et du Ps. Les leaders qui ont gagné dans leurs fiefs se sont servis. Si Abdoulaye Bathily et Amath Dansokho avaient remporté les élections dans leurs localités, ils auraient peut-être imposé leurs hommes. Cependant, cette analyse peut-elle s’adapter à Dakar ? En tout cas, la capitale polarise plusieurs sensibilités politiques. Il semble difficile d’attribuer la victoire à une telle ou telle autorité politique présente dans la région.

Si tous les partis de l’opposition peuvent se féliciter d’avoir participé à la débâcle de la Coalition Sopi 2009 dans plusieurs localités, ils ne font pas de même sur le choix des hommes chargés d’appliquer « la gestion participative » prônée par les leaders de la coalition. La sortie du leader du Mrds, le week-end dernier, en est une illustration parfaite. Après avoir perdu devant Khalifa, il a animé un point de presse, pour dénoncer « l’accaparement des collectivités locales par les grands partis ». Le Comité directeur de son parti tranchera sur le maintien ou le départ du Mrds dans « Bennoo ». La situation ne manquera certainement pas d’avoir un impact sur la stabilité de Bss dans les prochains jours. « Mais l’opposition peut compter sur l’esprit de dépassement des hommes », selon le porte-parole de l’Apr, Seydou Guèye. « Il y a toujours des difficultés à gérer de façon concertée un pouvoir qui a été conquis, mais des évaluations seront faites afin d’apporter des rectifications », rassure-t-il.

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