SOCIETE: Dites à vos enfants que vous les adorez...

Publié le par guissguiss

Je n’aime pas les donneurs de leçon. Je vous l’ai déjà dit. Ce sont les personnes les moins sérieuses qui soient. Je n’aime pas, non plus, prendre des anti-modèles pour des modèles et des anti-valeurs pour des valeurs. Rien à faire ! Je préfère apprendre de la vie et des trajectoires peu communes par ces temps de sécheresse. Il est rare, sur ces terres éprouvées par les rires canailles, de voir fleurir les vertus essentielles. Il est rare, ai-je dit, mais pas impossible. Dans ce désert, il y a bien des oasis qui résistent à l’ensablement. Nelson Mandela par exemple. J’ai toujours voué une admiration sans faille à cet homme. Il est le seul à m’avoir tenu compagnie, de longues années durant, dans mes rapports à la page vide. J’avais toujours sa photo sur mon écran d’ordinateur, de la même manière que j’ai en tête une phrase de son autobiographie « Un long chemin vers la liberté » : « Si tu fais du bien, Dieu te récompensera dans des proportions inespérées. » Les grandes vertus font les grands hommes. Tout le monde le sait, mais peu s’en accommodent. Elles ne se fanent pas, ces vertus, quoique fassent le temps et les vicissitudes de la vie. Elles sont tout simplement incorruptibles. Ni l’or ni la force n’effritent la dignité humaine. Hier encore, je regardais les photos. Cette jeune légende vivante de quatre-vingt dix ans a vu des célébrités de ce monde lui manifester une sympathie loin d’être vernissée : Bill Clinton, George Bush, Kofi Annan, Yasser Arafat, Rama Yade, etc. Cet homme a taillé la pierre au propre comme au figuré. Il s’est forgé, des rigueurs de la lutte à l’isolement dans la prison de Robben Island. Il a su prendre date avec la postérité, conscient que, plus que le dollar, l’euro ou le yen, cette dignité doit être la monnaie standard universelle. Une leçon à garder sur le tableau noir. Pour vos enfants que vous aimez bien. Pour la postérité donc.

Le téléviseur me tire de ma rêverie. Du prestige de ce grand combattant de l’Humanité, je tombe dans nos sympathiques débats sénégalo-sénégalais. Comme le coq à l’âne, je tombe des sommets au cambouis. Ils détonnent, ces clins d’oeil aguichants, ces démarches lascives, ces accoutrements à la lisière du nu... Et pourtant, comme Galilée sur sa terre ronde, j’ai envie de dire que les rondeurs font recette. Cela se passe à la télé comme cela devrait se passer en intimité ! Mesurez les pas réalisés dans le marketing de l’érotique de 1995 à 2009. Il y a quatorze ans, j’ai interviewé une cantatrice sur un morceau à succès... et à grand bruit. Sa stratégie de défense était simple : la composition dans laquelle la métaphore du jardinage désignait le corps de la femme a été faite pour une prestation privée. En clair, ce qui était un tube (à la faveur de la cupidité des pirates !- n’était pas destinée à une grande consommation. Je ne la disculpe ni ne l’incrimine d’autant que je connaissais, mot après mot (dérive après dérive ?), la fameuse composition. Je me gardais, comme les lecteurs de journaux dits pornographiques, d’avouer ma culture musicale obscène en public. Le principal est ailleurs. Aujourd’hui, une telle stratégie de défense est ringarde. L’arsenal de séduction et les mots coquins sont dans la rue pour peu qu’on prête l’oreille à la maquette d’un « musicien » en mal de reconnaissance. C’est bien. C’est ce que (presque) « tout le monde dit ».

Vous voyez, elle est confortable, et sans sueur, la trouvaille « géniale » de Bouki ! Mieux, ici, c’est que cette sagesse est portée, dans le pire des cas, par tout monde... moins un. Un député a fait une proposition de loi visant à protéger les petites et petits déguisés et maquillés pour tenir des rôles de grands. Comprenez mon silence pour ne pas tomber sous le coup d’une fatwa !

Je n’ai pas l’indignation facile. Je n’ai pas perdu ma faculté d’indignation non plus. J’en conviens avec ceux qui sonnent l’alerte au moins sur un point : l’impact de l’image sur la psychologie de l’enfant. Il ne s’agit pas de zapper tout simplement pour décrocher de l’obscène. Les images sont là. Elles-mêmes se saisissent des téléspectateurs, des internautes ou tout simplement du passant. Ne suivez pas mon regard... La question, ce n’est pas d’isoler les enfants, mais plutôt de leur donner des informations accessibles à leur structure mentale et à son développement, conformes à leurs besoins immédiats aussi. N’ayez pas peur de leur parler, même s’il y a parfois des questions embarrassantes. L’épouse d’un ami à moi est restée bouche bée lorsque sa fille lui demande : « Maman, comment fait-on un enfant. » La dame l’a secouée. « Non ! dit le père, un sociologue très imprégné de la psychologie de l’enfant. Il ne faut pas lui dire tout. Il suffit simplement de lui dire ce qu’il doit savoir ». Les lois de la nature n’ont pas été explicitées dans les détails. L’harmonie familiale, la tendresse entre papa et maman et la volonté du Bon Dieu ont suffi à contenter le môme qui cherchait à savoir. Il est clair que, plus tard, cette enfant comprendra ce qu’il ne fallait pas comprendre à (seulement) huit ans. Il faudra même que sa maman aille vite sur l’éducation sexuelle. Une autre manière de manifester son amour à son enfant.

Il faut parler aux enfants. C’est pour cette raison que j’adore le titre d’un film que j’ai regardé, il y a quelques années : « Dites-leur que je suis un homme. » L’histoire met en scène un homme emprisonné à tort pour meurtre et des écoliers s’étaient liés d’amitié avec lui. Devant l’imminence de la mort, le condamné a tenu à enseigner le courage, la persévérance et la dignité à ses jeunes amis. Il n’a pas tremblé. Parler aux enfants. Encore... Dans la même foulée, se situent l’ambition des athlètes éthiopien, Haïlé Gebreselassié, et allemande, Heike Drechsler. Deux formules qui doivent faire école : « Il faut voler plus haut que la douleur. C’est après la compétition qu’on ressent cette douleur » (Heike) et « La plus grande victoire, c’est celle qu’on remporte sur soi. Avant de se mesurer aux autres, il faut se défier. Ma plus belle victoire, c’est le développement de l’Ethiopie » (Haïlé). Il a été à bonne école : celle de l’endurance. Une piste géante sur laquelle le jeune garçon testait ses foulées, cahier à la main, pour ne pas rater son cours. A la disparition de sa mère, alors qu’il était adolescent, Haïlé a pris une résolution : devenir champion. Autre école, autre tempo. Les mômes devraient être autorisés à danser le mbalakh sans modération. Pour une fois, à l’école. La voix de Youssou Ndour savait dire la bonne parole sur de belles mélodies ou des rythmes enlevés à mettre des fourmis dans les jambes des plus agiles. Cette voix sait aussi entonner « Xaley rewmi » comme hymne au consensus autour de l’école. N’est-ce pas qu’il a réussi à nouer les fils du dialogue entre le chef de l’Etat et les différents syndicats de l’enseignement ? Sauver l’école, voilà une autre vérité à dire aux enfants de la même manière que son illustre collègue Bob Marley appelait à dire la vérité aux enfants. Allons, dites-leur que vous les adorez !

Habib Demba FALL

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