Ségolène Royal à la tribune : Un autre « discours de Dakar » est né

Publié le par guissguiss

Ségolène Royal à la tribune : Un autre « discours de Dakar » est né
Parce que son « discours de Dakar », elle l’a prononcé à la Maison du Parti socialiste – dans la salle du comité central de ladite formation politique, du nom du premier Président du Sénégal -, Ségolène Royal a tenu à saluer la mémoire et l’œuvre de Léopold Sédar Senghor. Elle a aussi pensé devoir évoquer le souvenir de Cheikh Anta Diop – parrain de l’université de Dakar dont les murs rendaient, il y a peu, l’écho du verbe sarkozien minimisant l’apport de l’Afrique à la civilisation de l’universel.

Ségolène Royal n’était pas à l’Ucad. C’est plutôt cette institution universitaire qui est venue à elle. Face à la native de Ouakam, d’éminents professeurs de « l’école des savoirs » de Dakar. La symétrie ainsi trouvée, par rapport au « cours magistral » de Nicolas Sarkozy, la candidate de la Gauche à la Présidentielle française de 2007 déclare : « L’Afrique est notre avenir ».

« Il y aura un avenir pour l’humanité avec une Afrique forte, debout et respectée, partenaire d’une Europe forte, debout et respectée », dira-t-elle. C’est pourquoi, la présidente de la Région Poitou-Charentes préconise la jonction entre le G20 et l’Afrique qui, par la loi de l’arithmétique et de la logique de l’addition des efforts, va déboucher sur un « G 21 ».

Au demeurant, Ségolène Royal pense que « les bailleurs du Fonds monétaire international et en particulier les Pays du Nord, devront impérativement consacrer le triplement des réserves décidées lors du G20 aux pays en développement, notamment à l’Afrique ». L’Afrique est bien entrée dans l’histoire. C’est en d’autres termes que Ségolène Royal soutient cette idée, avec force détails. « Vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis », dit-elle. « L’Afrique aussi a ses saints », semble démontrer « la négresse blanche » (Ndlr : ainsi la surnommait-on lors de la dernière élection présidentielle à cause de sa naissance sur le sol africain, à Ouakam). Elle en donne même l’ « hagiographie » : « Ce que Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire ont magistralement accompli avec le concept « négritude », vous l’avez poursuivi avec le mot « Afrique », cet étendard d’une dignité reconquise ».

A l’en croire aussi, « les oeuvres des historiens Cheikh Anta Diop du Sénégal et de Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso, constituent non seulement un sommet de la science, mais aussi un sommet de la lutte pour la liberté ». « C’est pour cela – fait-elle remarquer avec emphase - qu’il était si important de démontrer comme ils l’ont fait que la Grèce ancienne devait tant à l’Egypte ancienne qui elle-même devait beaucoup à l’Afrique ». Ces historiens ont montré que les langues africaines permettent le même déploiement de la rationalité humaine que les langues européennes, fait observer Ségolène Royal. Avec elle, ce constat est fait : « Chaque jour, les découvertes de l’égyptologie valident les thèses de Cheikh Anta Diop ; une certaine histoire européenne de l’Afrique a voulu dénier aux Africains la fierté d’être Africains ».

Ségolène Royal invite à briser les clichés : « Il faut, dit-elle, en finir avec cette idée fausse selon laquelle la démocratie et les droits fondamentaux n’auraient qu’un seul berceau, l’Occident ». « Dans une conférence donnée récemment par Stéphane Hessel sur l’histoire de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont il fut l’un des rédacteurs, la parole fut donnée à Souleymane Bachir Diagne », rappelle-t-elle. Le professeur sénégalais agrégé de philosophie aurait rappelé (la parole de l’hôte du Parti social – Sénégal faisant ici foi) que « dans la Charte du Mandé du XIIIème siècle, ce « Serment des Chasseurs » qui se voulait aussi adresse au monde, on trouve une définition toujours actuelle des droits de la personne humaine ».

Certes l’Afrique est entrée dans l’histoire, mais on attend plus d’elle : qu’elle soit « le continent du XXIe siècle ». C’est en tout cas le souhait de l’une de ses filles, née à Ouakam - village de pêcheurs qui s’est frotté à l’horreur de l’émigration clandestine - mais partie pour un « ailleurs meilleur ». Sans être transportée, notamment, par les flots de la mer, mais qu’a ramené au « pays natal » ses souvenirs évasifs d’une exubérante enfance au pays de la « Teranga ».

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