Macky SALL s'explique : Pourquoi j’ai écrit au président Bongo

Publié le par guissguiss

Le leader de l’Apr assume pleinement et entièrement avoir adressé une correspondance au président gabonais Omar Bongo pour solliciter ses conseils et son soutien. Et si c’est pour cela que le pouvoir l’a convoqué à la police, Macky Sall affirme qu’il sera encore convoqué parce qu’il va adresser, en tant que leader politique, d’autres correspondances à d’autres chefs d’Etat et citoyens à travers le monde. L’ancien président de l’Assemblée nationale qui considère cette accusation de blanchiment d’argent comme une intimidation à son endroit, est conscient que les ennuis ne font que commencer car, estime-t-il, le pouvoir pense qu’il faut l’éliminer. Et une arrestation serait la moindre des choses auxquelles s’attend Macky Sall, ainsi qu’il a déclaré dans un entretien exclusif avec la chaîne de télévision privée Walf Tv que nous reproduisons in extenso.

Walf Tv : Comment Macky Sall s’est-il réveillé ce matin (hier, Ndlr) après son audition à la sûreté urbaine ?

Macky Sall : Je me suis réveillé comme d’habitude avec le sentiment d’un citoyen libre qui est quitte avec sa conscience, malgré mon audition d’hier (mardi, Ndlr) par le commissaire de la sûreté urbaine suite aux accusations calomnieuses du ministre de l’Intérieur qui tendraient à me mêler à un problème de blanchiment d’argent. Accusations graves du reste, puisque le rôle du ministre de l’Intérieur n’est pas d’accuser des citoyens et de porter atteinte à leur honorabilité. S’il a des dossiers compromettants contre un citoyen, il doit les transmettre à la justice. C’est ça l’Etat de droit.

Cela dit, j’ai répondu à la convocation et lorsque je me suis présenté devant le commissaire Diagne, les questions ont d’abord tourné autour des élections : Comment je comptais y aller, avec qui, compte tenu du fait que l’Apr n’avait pas encore reçu son récépissé ; sur quels moyens je comptais pour financer ma campagne électorale de l’Apr. Je lui ai dit que je n’étais pas là pour des questions politiques, encore moins pour des questions électorales. Et ils (les enquêteurs, Ndlr) ont enchaîné pour me dire qu’il semble que je me serais récemment rendu au Maroc pour y recevoir une somme d’argent de l’ordre de 500 000 euros, ce qui fait à peu près 300 millions de francs Cfa. Ce qui est naturellement tout à fait faux. Et Dieu fait bien les choses puisque, depuis au moins un an et demi à deux ans, je n’ai pas été au Maroc. Mon dernier séjour au Maroc remonte à l’époque où j’étais Premier ministre. C’était en escale. Je lui ai dit donc que c’était faux. Et dès l’instant où je n’ai pas été au Maroc depuis deux ans, vous ne pouvez pas me dire que j’y étais récemment. Surtout que l’Etat a les moyens de savoir si je suis allé au Maroc ou pas compte tenu du fait que je suis suivi aussi bien au pays qu’à l’étranger.

Ensuite, ils m’ont dit que j’aurais été à Amsterdam où on parle blanchiment d’argent. Puisque le sieur Abdoulaye Sall aurait convoyé au Sénégal des dizaines de millions d’euros par containers, est-ce que je ne l’aurais pas rencontré à Amsterdam ? Là aussi, je leur ai répondu que depuis huit ans au moins, je n’ai pas été aux Pays-Bas. Mon dernier voyage aux Pays-Bas remonte à 2001 ou un peu avant. J’étais à l’époque à Petrosen. Donc naturellement, je ne peux pas rencontrer quelqu’un dans un pays où je ne me suis pas rendu.

Alors, on m’a sorti deux courriers que j’ai adressés au président Bongo pour me demander : ‘Ces courriers, vous les avez écrits. Est-ce que vous le reconnaissez ?’ J’ai dit que je le reconnais, ce sont mes courriers. Ils ont avancé que je voulais demander de l’argent au président Bongo. Je leur ai rappelé que, dans les termes du courrier, il n’y a nulle part où on parle de demande d’argent. J’ai sollicité une audience auprès du président Bongo en lui indiquant que j’avais quitté le gouvernement du Sénégal et que j’avais servi mon pays et le président Wade. Et que maintenant que nous nous sommes séparés, j’ai créé mon parti et que, compte tenu de son rôle en Afrique et de sa position, je souhaiterais bénéficier de ses conseils et de son soutien. Ils me disent : ‘Oui mais ce dont vous parlez, c’est un soutien financier’. Je leur ai rétorqué que c’était eux qui le voient ainsi, mais le soutien est multiforme…

‘Jamais, le président Bongo ne m’a remis un seul franc. Jamais. Ni directement, ni par l’intermédiaire d’une quelconque personne’

Walf Tv : Avez-vous reçu un soutien financier de la part du président Bongo ?

Macky Sall : Je n’ai jamais reçu un franc du président Bongo. J’ai vu ce matin l’amalgame qu’ils (ses accusateurs, Ndlr) veulent entretenir en disant que le président Bongo aurait dit qu’il m’a remis de l’argent, mais pas pour déstabiliser le président Wade. Je dis que c’est archi-faux. (Il se répète), jamais le président Bongo ne m’a remis un seul franc. Jamais. Ni directement, ni par l’intermédiaire d’une quelconque personne. S’il y a un courrier qui le dit, je le réfute de la manière la plus formelle. Je l’ai dit aux enquêteurs.

Voilà une mascarade qui a été faite sur des bases, je ne sais de quelles considérations. Premièrement, je n’ai pas été au Maroc où on prétend que je me serais rendu récemment pour recevoir 500 000 euros. Sans qu’ils (ses accusateurs, Ndlr) me disent de qui d’ailleurs. Ensuite, que j’aurais rencontré M. Abdoulaye Sall à Amsterdam, ce qui est totalement faux parce que je ne me suis pas rendu dans ce pays. Que, troisièmement, M. Sall aurait dit qu’il devait convoyer de l’argent au Sénégal par le canal de véhicule qui serait immatriculé au nom de l’ambassade du Gabon et qu’une fois ce véhicule arrivé, il (M. Abdoulaye Sall, Ndlr) pourrait me remettre de l’argent. Encore archi-faux puisque M. Abdoulaye Sall et moi n’avons jamais échangé sur des propos ou des considérations financières. Nous n’avons pas ce type de rapport. C’est un des milliers, voire des millions, de Sénégalais qui soutiennent notre cause comme partout ailleurs dans la diaspora.

Tout compte fait, j’ai senti une tentative d’intimidation de tous ceux qui me soutiennent ou qui sont avec nous. Ils (les enquêteurs, Ndlr) m’ont aussi demandé la même chose concernant un autre compatriote basé cette fois-ci au Burkina Faso du nom d’Arona Dia. Ils m’ont demandé si ce dernier n’était pas mon bailleur de fonds. Je leur ai dit que je n’ai pas de bailleurs de fond. Si j’en avais, l’Apr n’aurait pas édité des cartes avec des prix échelonnés en fonction des militants de la diaspora et des prix à 100 francs au Sénégal, à 1 000 francs en Afrique. Et les membres de la diaspora européenne ont accepté de payer leurs cartes de membres à 10 euros tout comme ceux de l’Amérique à 10 dollars. Et au-delà de tout cela, nous avons édité des cartes de souscription volontaire pour que les Sénégalais qui veulent soutenir notre action, puissent y contribuer en achetant des cartes à 100 francs, voire à 500 francs. Si j’avais des bailleurs de fonds, l’Apr n’aurait pas besoin, Macky Sall non plus, de faire toutes ces démarches et ces recherches d’argent à travers nos militants.

Ils m’ont dit que l’Etat enquête sur un trafic de drogue. Maintenant, on quitte l’affaire du chef de l’Etat gabonais pour parler de trafic de drogue qui partirait de la Guinée-Bissau en passant par le Gabon, les Pays-Bas et qui concernerait des sommes faramineuses puisqu’on parle de plus de 70 millions d’euros. Ils me demandent si j’étais au courant. Je leur ai répondu que, naturellement, je ne suis pas au courant. C’est eux qui me l’apprennent, parce que je ne suis pas trafiquant de drogue.

Alors, ils m’ont demandé mon passeport pour le confisquer. Je trouve que c’est extrêmement grave. D’abord ce n’est pas un passeport diplomatique, pour corriger ce qui a été dit dans la presse, parce que j’avais restitué mon passeport diplomatique après ma démission. C’est mon passeport ordinaire avec mes visas et tout cela, c’est pour restreindre mon action, nous étouffer et nous prendre en otage, croyant que cela va empêcher à l’Apr de se déployer lors des prochaines élections locales. Je trouve le procédé anti-démocratique. Et c’est regrettable pour le Sénégal qu’on en soit là.

Ce matin (hier, Ndlr), on me dit qu’on est en train de traquer Farba Ngom, un de mes militants et amis, ainsi qu’un autre Modou Mbaye qui a été convoqué. On convoque comme ça, tous azimuts, les citoyens sur des bases légères et je trouve que c’est déplorable pour la démocratie sénégalaise.

‘L’arrestation serait la moindre des choses auxquelles je m’attends. Je m’attends à tout avec ces gens-là. Et je prends mes dispositions’

Walf Tv : Ne vous attendiez-vous pas à ce genre de questions en déférant à votre convocation devant le commissaire de la sûreté urbaine ?

Macky Sall : Non, je ne savais pas de quoi il s’agissait. Il me parle de documents, il s’agit d’une lettre où je demandais une audience avec le président Bongo. Et une deuxième dans laquelle je lui ai dit que j’avais reçu des informations de l’ambassade, mais que j’aurais souhaité échanger de vive voix avec lui. Moi je suis un homme libre, je peux écrire à qui je veux. Je suis un leader politique et je vais écrire encore à d‘autres chefs d’Etat, à d’autres citoyens du monde. Si c’est pour cela qu’on me convoque, on me convoquera encore. Parce que, comme je l’ai dit, on nous empêche de travailler au Sénégal, j’ai mon cabinet, je vais aller chercher des marchés dans la sous-région, en Afrique et partout où je pourrai le faire parce que je dois vivre avec les moyens de mon travail. Donc je continuerai à rechercher pour mon cabinet, les voies et moyens de travailler et d’exister.

Walf Tv : A deux mois des élections locales, Macky Sall ne craint-il pas d’être traîné encore devant les juridictions pour d’autres accusations ?

Macky Sall : Je n’ai pas peur d’être traîné et certainement, je serai traîné encore parce que le pouvoir pense qu’il faut m’éliminer. Voilà. L’arrestation serait la moindre des choses auxquelles je m’attends. Je m’attends à tout avec ces gens-là. Et je prends mes dispositions, mais que les gens le sachent : ils (les tenants du pouvoir, Ndlr) sont prêts à tout. Par conséquent, étant homme politique, je suis conscient que si on est dans un pays où la liberté des citoyens n’est pas respectée, où elle peut être bafouée à tout moment, il faut s’attendre à tout.

Walf Tv : Avez-vous peur pour votre sécurité ?

Macky Sall : Naturellement, oui ! Mais je prends les dispositions de citoyen que je peux prendre. Le reste, je laisse ma sécurité entre les mains de Dieu.

Publié dans Politique

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