Baisse des envois des émigrés : Un terreau fertile à la crise économique

Publié le par guissguiss

La crise financière internationale est à l’origine de la baisse des transferts d’argent des émigrés vers leur pays d’origine. Ce qui comporte un grand risque pour notre économie qui n’est pas à l’abri d’une crise.
Le Sénégal, un des principaux pays de réception de fonds des émigrés en Afrique sub-saharienne, derrière le Nigeria, le Lesotho et le Soudan, risque de pâtir de la crise financière internationale. Une situation qui, selon le chargé de Programmes à l’Onu-Habitat pour le Sénégal et le Cap-Vert, ne laissera pas indemne l’économie de ce pays. Invité dimanche à l’émission ‘Remue-ménage’ sur les ondes de la radio Rfm, le docteur Serigne Mansour Tall impute cette situation à la baisse des transferts de fonds des émigrés.

Au cours de cette émission où l’émigration, l’implication des émigrés sur la scène politique et la crise financière ont été au centre des débats, le fonctionnaire international a estimé que ‘la crise financière va être à l’origine de la baisse des transferts d’argent, ce qui comporte un grand risque sur nos économies’. Avant de révéler que ces envois constituent une manne officielle de 500 milliards de francs Cfa pouvant aller jusqu’à 900 milliards de francs Cfa si on prend en compte le circuit officieux. Aussi, soutient-il, cette baisse du flux des transferts va se répercuter sur le panier de la ménagère, si l’on sait que 80 % du budget des ménages provient de l’étranger.

Aussi, le secteur du bâtiment risque d’être sérieusement affecté par cette crise. Et tous ses acteurs craignent un ralentissement de la construction de logements si les émigrés sénégalais sont frappés par la crise dans leur pays d’accueil. Car les flux des transferts d’argent risquent alors de fortement diminuer. ‘Si la crise financière touche les émigrés sénégalais, le secteur des logements sera en difficulté’ renseigne, dans Les échos de la Banque mondiale d’octobre 2008, un des administrateurs et directeur de la Société d’aménagement et de gestion d’équipements fonciers (Sagef). Une source qui révèle que le dernier rapport de la Banque africaine de développement (Bad) fait état de 30 % du milliard d’euros transférés au Sénégal qui sont affectés au secteur de l’immobilier, notamment pour le remboursement du crédit, la construction, le paiement de loyers. Et en général, selon que le dollar se déprécie ou s’apprécie par rapport à l’euro, le profil de leur clientèle émigrée change en faveur de l’Europe ou des Etats-Unis. Mais si la récession s’installe aux Etats-Unis et en Europe, il est clair que cela aura des conséquences négatives, à moyen terme, sur les transactions immobilières de leur portefeuille émigré, révèle-t-il.

Toutes choses qui confortent l’idée selon laquelle les transferts de fonds des émigrés sont devenus un enjeu socio-économique déterminant dans l’économie sénégalaise, dans la mesure où ils représentent une part significative des ressources du pays et constituent une source financière importante pour les familles des émigrés. Même s’il est de notoriété que ces fonds n’interviennent que faiblement dans le financement de la création d’activités économiques génératrices de revenus. Autrement dit, ils sont davantage utilisés pour satisfaire des besoins de consommation courante des bénéficiaires ou d’investissement immobilier pour les émigrés eux-mêmes et leur famille.

Le docteur Serigne Mansour Tall est d’avis que ce faible pourcentage de la manne financière utilisé pour le développement des investissements productifs ne milite pas pour un développement économique du pays. Et de son avis, l’Etat du Sénégal doit aider les émigrés, en les orientant vers des investissements productifs. Même s’il ne s’arroge pas l’autorité de décréter de les orienter vers le public.

Le marché du transfert d’argent au Sénégal a connu une évolution rapide au cours de ces dix dernières années, tant au niveau de la nature que du nombre d’acteurs impliqués, de l’importance des sommes concernées, de l’impact socio-économique sur les bénéficiaires de transferts, qu’à celui des mécanismes mis en œuvre.

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