"Il faut se méfier des hommes providentiels"

Publié le par guissguiss

Amadou Makhtar Mbow, le président du bureau des Assises nationales était l’invité du « Grand Jury », l’émission dominicale de la Radio futurs médias. Il a fait un bilan à mi-parcours des Assises, analysé la situation nationale et fait des prévisions pas enchanteur pour le Sénégal. En effet, l’ancien directeur général de l’UNESCO (1974-1987), acquis à l’idée que le Sénégal va au devant d’une crise pouvant déboucher sur la violence, estime que le destin du Sénégal ne peut aujourd’hui être assuré par un homme providentiel.

Le président du bureau des Assises nationales pense que la perspective homme-providentiel, homme-messie est révolue. Pour lui, on doit aller vers la mise en place d’une gestion consensuelle basée sur un leadership pluriel. « Je ne pense pas que le leadership doive être individuel. Il faut se méfier des hommes providentiels, le leadership doit être collectif et consensuel. Au Sénégal, il y a beaucoup d’intelligences qu’on doit fédérer et travailler en commun pour régler les problèmes », a indiqué Amadou Makhtar Mbow au cours de l’émission Grand Jury, où il était l’invité.

Le président du Bureau des Assises nationale estime aussi que « nous n’avons pas de solutions à tout. Les Assises nationales sont une sorte de charte qui permet de poursuivre le débat démocratique dans les meilleures dispositions. C’est le cadre démocratique le plus élaboré que le Sénégal ait jamais connu depuis les indépendances. Nous avons des documents où les sénégalais, de quelques horizons qu’ils soient, donnent leur avis. Le meilleur moyen de parer aux insuffisances accumulées depuis l’indépendance c’est d’accepter les conclusions des Assises », a fait savoir Amadou Makhtar Mbow répondant à une question relative à l’apport des conclaves qu’il préside depuis le 1er juin 2008.

« On est parvenu à organiser les Assises sans remettre en cause ni porter atteinte à la légitimité du pouvoir de Me Abdoulaye Wade. Nous y sommes parvenus car toutes les parties prenantes ont accepté ce principe. Le président Wade avait refusé de dialoguer avec l’opposition, cela servait à lever toute équivoque quant aux motivations des Assises nationales », a estimé Amadou Makhtar Mbow, interpellé sur une promesse qu’il avait faite dans un discours prononcé lors de l’ouverture des Assises nationales le 1er juin 2008.

Sur un éventuel rôle de réconciliateur qu’il pourrait jouer entre l’opposition et le pouvoir, le président du bureau des Assises nationales s’est voulu clair : « je n’ai pas pour mission de réconcilier des partis politique. Ma vocation est de faire en sorte que le Sénégal soit géré dans la clarté. Si Wade décide de saisir les Assises nationales comme opportunités pour reprendre le dialogue, ce sera très bien. »

Le Président Mbow a mis en garde contre les dangers qui guettent le Sénégal. « Notre pays va vers des difficultés qui risquent de le basculer dans la violence. C’est une crise qui tire ses racines dans des faits qui se sont accumulés depuis l’indépendance. 54% des sénégalais vivent en dessous du seuil de pauvreté, 40% des jeunes sont au chômage. L’échec est global, il faut en analyser les causes et essayer de trouver des solutions nouvelles », a soutenu Mbow qui a également fait savoir qu’il a partagé ces prévisions avec des autorités politiques et religieuses du Sénégal.

Répondant à une question sur les solutions à la crise économique que vit le Sénégal, Mbow déclare : « Je suis incapable de donner des recommandations économiques car les Assises ne sont pas arrivées à leur terme. » Toutefois, il affirme à la fin de l’émission : « il faudrait qu’on mette à profit des secteurs comme les télécommunications qui sont porteur de développement. »

Sur la question de l’éducation, M.Mbow indique : « il faudrait dépasser les pourcentages car 40% du budget peut être dévolu à l’éducation alors que dans l’exercice de ce budget, le pourcentage est beaucoup moins élevé. Il faut qu’on donne la priorité aux filières scientifiques et professionnelles. La priorité à l’éducation oui mais il faudrait qu’elle ne conduise pas à l’impasse. D’après les rapports que l’on a reçus, la qualité de l’éducation baisse car il y a des enseignants qui n’ont pas le niveau. Le recrutement du quota sécuritaire se fait sur la base du clientélisme. Pas de la compétence. »

Publié dans Politique

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