Mutinerie à la prison d'Abidjan (MACA)

Publié le par guissguiss

Mutinerie à la MACA: 7 détenus blessés, dont 2 graves. Le mouvement s’est poursuivi hier, les FDS se déploient sur les lieux avec des armes de guerre

Le calme n’est pas totalement revenu à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) jusqu’à dimanche 14 décembre à 15 heures. Le samedi 13 décembre, la MACA a été le théâtre d’un violent affrontement entre les détenus de la MACA d’une part et avec les gardes pénitentiaires d’autre part. On dénombre 8 blessés dans les rangs des détenus dont deux cas jugés critiques. Ils sont tous internés à l’Hôpital militaire d’Abidjan (HMA). 5 détenus ont été blessés par balle, pendant que les 2 autres se sont poignardés entre eux. Selon un responsable de l’administration pénitentiaire, deux détenus ont subi le 13 décembre, avec succès des interventions chirurgicales à HMA, aux frais du ministère de la justice et des Droits de l’Homme. Que s’est-il exactement passé pour qu’on en arrive à une telles situation. Dans la journée du samedi, le chargé d’affaire de l’ambassade de l’Allemagne en Côte d’Ivoire et son épouse, dans le cadre de l’appui aux Institutions pénitentiaires de Côte d’Ivoire, se rendent à la MACA pour s’enquérir de la situation des détenus, vu que des projets ont été réalisés en leur faveur. C’est ce moment que choisissent, ces derniers pour manifester leur colère aux environs de 11 heures. Compte tenu de la situation d’incertitude qui régnait, le diplomate allemand quitte les lieux. C’est ainsi que les prisonniers, investis d’une grande colère commencent à saccager les infrastructures pénitentiaires en passant par les portes de cellules et autres. Une fois en dehors de leurs cellules, ils procèdent à des jets de pierres ou bouteilles, en direction des gardes pénitentiaires censés rétablir l’ordre. La situation étant devenue intenable pour les Forces de défense et de sécurités (FDS) présentes dans le périmètre de la MACA et vu la supériorité numérique des prisonniers, le procureur de Yopougon, Rouba Daléba, signe un ordre de réquisition. Il est demandé au Centre de commandement de sécurité (CECOS) de se déployer sur les lieux afin de rétablir l’ordre. C’est ainsi, qu’on a assisté à un important mouvement des FDS, à partir de 12 heures vers la MACA. Prenant au sérieux ce soulèvement des détenus, le CECOS a déployé des armes offensives, telles que des 12.7 mm, montés sur les véhicules de type 4x4, généralement utilisés contre les dispositifs militaires ou lors des combats de grandes envergures. Les soldats étaient également munis d’armes d’assaut comme les AK47, vêtus pour certains, de gilets anti-balle et de casques de guerre... Les soldats ont été disposés dans le rayon de la prison, au cas où il aurait des évadés. En outre, plusieurs autres unités ont effectué des entrées au sein de la MACA pour tenter de ramener les 5000 détenus à la raison. Pendant plusieurs heures, on entend les crépitements assourdissants des armes, les détonations des gaz lacrymogènes. Selon les explications, les tirs étaient destinés à les inciter à rentrer dans leurs cellules. Après une brève présence au sein de la MACA, les journalistes sont priés d’attendre devant le portail de la prison. Pendant ce temps, l’on assiste à un ballet d’ambulances, évacuant des blessés à l’hôpital. Le procureur Rouba Daléba et la direction générale de la police nationale, à l’intérieur de la prison, discutaient en vue de trouver des voies et moyens pour ramener les détenu à la raison. A 16h05, un officier de la police nationale sort de la MACA, tout en sueur et lance : ‘’Ils sont tous en cage’’. Pour dire que l’ensemble des prisonniers est retourné dans les cellules.

‘’Il n’y pas eu de morts’’ Quelques minutes plus tard, le Commissaire Robé Gogo Joachin, chef de la planification et des opérations du CECOS, sort lui aussi de la prison. Vêtu d’une tenue civile, avec un gilet par balle, il est en sueur. Avec un regard d’acier, il inspecte l’entrée de la MACA et réorganise immédiatement ses hommes à haute voix. Nous l’approchons pour avoir le point de la situation, mais il est avare en parole : ‘’Je ne parle pas, mon opération n’est pas terminée’’. Réagissant à des informations tendant à faire croire qu’il aurait eu 6 morts, lors de ‘’l’assaut’’ des FDS, le Commissaire Robé Gogo Joachin à été catégorique : ‘’Certains affirment déjà qu’il y a eu des morts. Je peux affirmer à ce niveau qu’il n’y a pas eu de mort’’, a-t-il insisté. L’administration pénitentiaire nous a confirmé, dans la soirée du dimanche 14 décembre, qu’il n’y a pas eu mort d’homme. Toutefois hier, 14 décembre, les détenus ont manifesté bruyamment en cassant les portes de leurs cellules. L’administration pénitentiaire, soucieuse de résoudre cette crise, était à leurs soins. Il a été procédé dans la soirée à des fouilles minutieuses des différents bâtiments afin de retrouver tout objet pouvant servir à poser un acte de violence. ‘’La situation est maîtrisée’’, nous a confié à 16 h, un responsable de l’administration pénitentiaire. Notons qu’à notre passage à la MACA, dans la soirée d’hier dimanche, le dispositif des FDS, quoi qu’alléger, était impressionnant aux alentours de cette prison. Rappelons toutefois que le directeur de l’administration pénitentiaire, Mohamed Coulibaly, a affirmé, pour sa part, que le calme était revenu dans les prisons. Selon Mohamed Coulibaly, des prisonniers se sont plaints, de nouvelles dispositions prises par l’administration pénitentiaire relatives au ‘’communiquer’’. Il s’agit des conditions d’accueil de leurs proches lors des jours et heures de parloir. Le directeur de la prison, Patrice Yao, a, quant à lui, relevé que les détenus se plaignent de leurs conditions de vie. En effet, la MACA accueille quelque 5.200 prisonniers pour 1.500 places, a-t-il précisé. ‘’Depuis qu’on a atteint 5.000 prisonniers, on ne fait que lancer des cris du cœur pour dire attention, il y a des problèmes concernant l’effectif pléthorique des détenus à la MACA’’, a-t-il insisté. Parlant des conditions de vie, les éléments des FDSCI déployés en permanence pour la surveillance de l’Institution pénitentiaire ont fait savoir également qu’ils vivent eux-mêmes dans des conditions difficiles : les logements sont vétustes, et l’environnement est insalubre. ‘’Si à l’extérieur de la prison nous vivons dans des conditions dramatiques, ce ne sont pas les prisonniers qui auront une vie meilleure’’, a lâché un soldat sous le sceau de l’anonymat. Notons qu’au moment où nous quittions les lieux, des coups de feux de dissuasion à l’intérieur de la prison étaient audibles.

La liste des détenus blessés par balle évacués à l’Hôpital militaire d’Abidjan (HMA) le 13 décembre.

1-Coulibaly Souleymane (blessure côté droit) 2- Ouattara Modibo (blessure ouverte au sein droit) 3- Sangaré Alassane (blessure épaule droite) 4- Bakayoko Namory (blessure jambe droite) 5- Konaté Amara (blessure à la tête)

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