LIMOGEAGE DE l’ambassadeur DU SENEGAL A L’UNESCO : Un parfum de gâchis

Publié le par guissguiss

(Correspondance particulière) - C’est par une journée de novembre enveloppée dans une grisaille annonciatrice de l’hiver à venir que la nouvelle du départ de l’Ambassadeur Abd El Kader Boye, Délégué Permanent du Sénégal auprès de l’Unesco, est tombée. Quelques jours après, ce qui s’apparente à un limogeage du fait de sa brutalité, continue de susciter surprise et incompréhension dans les milieux de l’Unesco, notamment à l’annexe de l’Organisation, sise 1 Rue Miollis, où sont logées les représentations diplomatiques des Etats membres.

Et les interrogations de fuser de toutes parts, car on essaie de cerner les tenants et les aboutissants d’une décision qui pourrait avoir des répercussions négatives sur la qualité de la contribution du Sénégal, au regard du crédit dont jouit M. Boye au sein de l’Unesco. En effet depuis sa nomination en fin novembre 2006, l’ambassadeur Boye a pu, grâce au travail effectué, ses qualités intellectuelles, morales et son sens diplomatique, bénéficier d’une grande considération auprès de toutes les délégations. Il est parvenu à redonner vie à une Délégation déclinante, en constituant des équipes solides et mobilisées dans tous les 5 domaines de compétence de l’Unesco (Education, Sciences sociales et humaines, Sciences naturelles, Culture, Information et communication).

Les pays appartenant au groupe de l’OCI (Organisation de la communauté islamique) l’ont porté tout récemment, à l’unanimité, à la tête de leur structure. L’ambassadeur de Cuba, président du groupe des Non alignés lui a demandé de présider le groupe de réflexion sur la réforme des Nations Unies du fait qu’il s’était particulièrement illustré par la connaissance du sujet en réunion publique, en présence du Directeur général de l’Unesco.

A travers Abd El Kader Boye, le Sénégal a été choisi avec le Nigeria par le groupe africain pour faire partie du comité de rédaction du document budgétaire pour le prochain exercice de l’Unesco, aux côtés des Etats-Unis, de l’Allemagne, du Brésil, de l’Inde, de la Norvège, de la Malaisie, de l’Argentine, etc. C’est ce groupe qui est chargé de proposer au prochain conseil exécutif qui se tiendra en mars/avril 2009, les orientations budgétaires pour les différents secteurs de l’Unesco.

Le Sénégal et le Nigeria sont ainsi les deux seuls pays africains à avoir siégé dans tous les groupes où ont été discutés les questions d’orientation de l’Organisation. Nombre de ses pairs ont ainsi souligné la participation remarquée et remarquable du Sénégal au cours des différentes sessions du Conseil exécutif, au point que plusieurs d’entre eux ont pensé que l’ambassadeur Abd El Kader Boye aurait pu jouer un rôle d’équilibre important pour le choix du prochain Directeur général de l’Unesco qui devra intervenir l’année prochaine.Particulièrement apprécié par les ambassadeurs de l’Union européenne, des Etats-Unis, du groupe des pays d’Asie et du Pacifique (Aspac) et des pays d’Amérique latine et Caraïbes (Groulac), il a su, font remarquer des milieux proches de l’Unesco, tisser des relations cordiales au sein des différentes représentations diplomatiques. Il a été par ailleurs le 1er Vice-président élu pour l’Afrique du Cercle des Délégués.

C’est dire que le rappel d’un tel homme par le gouvernement de son pays fait planer un parfum de gâchis. Aussi, pourrait-on craindre que tout ce travail accompli par l’ambassadeur Abd El Kader Boyer et l’ensemble de ses collaborateurs soit compromis par une décision qui tarde à livrer ses secrets.

En attendant, il est permis de penser, au regard de tout ce que l’ambassadeur a accompli au sein des instances de l’Unesco, au service du Sénégal et de l’Afrique, que rien ne saurait justifier une telle mesure de limogeage.

Interpellé l’intéressé, drapé dans son droit de réserve n’a pas voulu se prononcer. Ce qui frappe c’est sa sérénité, celle de l’universitaire pénétré par le sens de sa mission. Ce qui lui interdit toute perception égotique puisque au service d’une causse qui le dépasse, toute tournée au service de celui qui l’avait nommé à ce poste, le président Abdoulaye Wade, du Sénégal et du continent africain..

Comment en serait-il autrement ? Cette sérénité est en effet liée à son histoire personnelle, celle d’un intellectuel qui aura franchi tous les grades universitaires et qui, dans les années 90, vivait comme une consécration, pour l’éminent juriste qu’il est, d’avoir été invité par l’Académie de Droit international de la Haye à délivrer un cours.

Face à tant d’horizons caressés, à tant d’échelons gravis, on comprendra qu’il ne puisse pas y avoir de place pour l’adversité ou la rancœur, surtout que l’éminent professeur mesure son aura par le respect, la reconnaissance, la considération, que lui vouent tant de générations d’étudiants passés sous la houlette de sa formation. On devine que son avenir puise son bonheur dans tout cela, dans ces preuves qui façonnent et éclairent une vie. Tout le reste semble alors bien dérisoire.

On peut tout de même regretter que ce départ précipité puisse compromettre l’ensemble du travail accompli par le Doyen Abd El Kader Boye, Ambassadeur, Délégué Permanent du Sénégal auprès de l’Unesco, au service de son pays et de l’Afrique.

Publié dans Politique

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