DECLARATION DE MACKY SALL

Publié le par guissguiss

ASSEMBLEENATIONALE/7PRESIDENTS EN 49 ANS
Qui sera le 8e ?
De 1960 à nos jours, l’Assemblée nationale a connu sept présidents. Lamine Guèye, l’avocat, en est le premier. Il est président de 1960 à 1968. Amadou Cissé Dia, Docteur en médecine, prendra la relève. Il présidera aux destinées de l’institution de 1968 à 1983.
L’administrateur civil et auteur de « Par devoir et par amitié », Habib Thiam s’empare du relais en 1983. Moins d’un an après il rendra le tablier victime d’une cabale qui ressemble fort à celle qui a raison aujourd’hui de Macky Sall. A la seule et notoire différence qu’il a préféré lui, rendre sa démission en 1984 quand la pétition se mit à circuler dans les couloirs de l’hémicycle. Daouda Sow, Docteur en médecine le remplace. Il fera comme son devancier face à une fronde au sein du Parti socialiste (Ps) et de la majorité socialiste d’alors à l’Assemblée nationale. Il quitte quasiment dans les mêmes conditions qu’Habib Thiam en 1988 l’hémicycle. Abdoul Aziz Ndaw, Secrétaire d’administration est choisi à sa place. « Lisse » et sans ambitions affichées, il fera son « mandat » sans grand remous de 1988 à 1993. L’ingénieur agronome, Cheikh Abdoul Khadre Cissokho longtemps ministre dans les différents et successifs gouvernements de Senghor d’abord, de Diouf ensuite, est porté au perchoir de juin 1993 à avril 2001, date de la dissolution de l’Assemblée nationale par les nouvelles autorités du pays, issues des urnes du 19 mars 2000. La 9ème législature écourtée, la dixième verra cependant son président, Youssou Diagne, élu en mai 2001 ne durer en poste que ce que durent les roses, l’espace d’un matin. En juin 2002, il est gentiment poussé à la porte et, il démissionne bien qu’étant élu pour cinq ans. Nommé ambassadeur en Taiwan, il s’éloigne du pays et des turpitudes de son clan. L’actuel président du Sénat par cooptation, Pape Diop lui succède au juchoir de juin 2002 au 19 juin 2007. Macky Sall, ex-Premier ministre, directeur de campagne du candidat président, tête de liste de la coalition Sopi aux législatives découplées finalement, est hissé à sa place comme septième président de l’Assemblée nationale. Il en désormais depuis hier, un ex. Une résolution votée par la majorité l’a renvoyé à ses pénates et rendu sans chef pour l’heure la chambre « basse ? » du Parlement. Qui sera le huitième ?

DECLARATION DE MACKY SALL

Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes

Notre pays le Sénégal, naguère réputé pour son ancrage démocratique, vient de vivre l’un des moments les plus graves de son histoire politique, ouvrant ainsi une page institutionnelle qui n’honore aucune démocratie.

La majorité parlementaire vient, en effet, d’adopter un arsenal juridique rapportant le mandat du Président de l’Assemblée Nationale de cinq à un an, avec effet rétroactif, en violation manifeste des principes universels du droit.

Il s’y ajoute, qu’en offrant à 38 députés, la possibilité de demander la destitution du Président, ou de l’un quelconque des membres du Bureau, cette majorité parlementaire a fait l’option de l’instabilité permanente de l’institution.

Sur cette base, l’Assemblée Nationale vient de voter une résolution mettant fin à mes fonctions de Président de cette institution.

J’en prends acte.

Mes chers compatriotes,

Il n’a échappé à personne que, depuis plus d’un an, une frange du Parti Démocratique Sénégalais ait emprunté le jeu de sa majorité et de ses structures, pour assouvir un dessein qui ne trompe plus personne.

Les actes perpétrés à cet effet, ont largement écorné l’image du Sénégal, jusque-là réputé Etat de droit et de profonde culture démocratique. Dans le même temps, ces actes ont aussi dévié nos énergies de l’urgente nécessité de prise en charge des difficultés du pays.

Mes chers compatriotes,

Bien sûr qu’ il aurait été illusoire, pour moi, de penser servir l’Etat, aux différentes étapes de mon parcours administratif et politique, sans faire l’objet de procès d’intention exclusivement mus par des intérêts individuels désormais flagrants.

Cette effervescence négative dans le parti, animée contre une seule cible, aurait pu être admissible si elle était restée circonscrite au seul cadre de cette formation politique.

D’ailleurs, j’inscrivais ces manœuvres dans les termes d’un simple choc d’identités et d’aspirations.

Mais, que cette inquisition menée contre une personne déborde, se poursuive et s’intensifie, pour entacher et écorner l’image des institutions, voilà qui choque !

Hélas, cela ne devrait point surprendre, de la part de ceux-là qui font la confusion, entre engagement militant et devoirs républicains, en déclarant représenter non pas le peuple, mais un parti !

Non seulement des limites jusque-là infranchissables ont été piétinées mais, un examen plus réaliste, révèle que le lourd sacerdoce de représentant du peuple, investi de la charge d’exercer la souveraineté nationale, devenait durement affecté.

Quant au fond, je trouve regrettable que ces diverses erreurs de posture, aient eu pour effet de jeter le discrédit sur la majorité parlementaire et, subséquemment, sur l’institution elle-même.

Mais, fort heureusement, devant autant de déficit en puissance morale collective, devant autant d’additions de faiblesses individuelles dommageables à toute cohésion, il a existé, tout au long du processus, des lucidités exceptionnelles engagées à préserver le crédit et la réputation du parlement.

Mesdames, Messieurs, chers compatriotes

En marquant ma différence, j’avais la certitude de voir mes convictions considérées comme des opinions qui irritent.

Je demeurais néanmoins conscient du prix à payer, habité par cette foi vivace que la défense des valeurs républicaines valait tous les sacrifices.

Mieux, ayant très tôt compris qu’il n’y a rien en l’homme qui ne soit couvert par la dignité, j’ai toujours refusé tout ce qui pouvait être de nature à fragiliser la mienne.

Qu’il faille me renier pour survivre, je dis non !

Mes chers compatriotes,

Vous aurez remarqué que d’un côté, et sans conviction aucune, sauf la force de la haine profonde et de l’aversion intense, cette frange de la majorité parlementaire a dressé un réquisitoire autour d’une « perte de confiance », entre le Président de la République et moi-même, une imaginaire « crise institutionnelle », ou pire, sur ma prétendue obsession à une « succession ».

D’un autre côté, vous vous êtes rendu compte qu’avec une conscience apaisée, jamais je n’ai jugé utile de donner suite, sauf par le mépris, à cette intoxication, convaincu que l’on ne part jamais d’un coup de folie pour bâtir un destin.

Voilà qui explique mon silence.

Après que les intimidations n’eurent pas produit l’effet escompté, après que les rumeurs et médisances sur ma personne eurent été ignorées, il fallut que l’on usât de la sacralité de la loi pour servir l’ostracisme.

En dépit de tout ce qui a pu être dit, en aucun moment il ne s’est agi pour moi d’un combat pour la préservation d’une fonction.

Bien au contraire, il s’est agi d’un engagement pour la sauvegarde des principes fondateurs de notre République.

Cet engagement tire son inspiration constante de cette valeur, qui veut que notre grandeur, réside dans notre décision d’être plus fort que notre condition.

Mesdames, messieurs, chers compatriotes

Les menaces de persécution et d’oppression, les risques pesant sur la sécurité et l’intégrité de ma famille ou de mes proches, ont été pris très au sérieux, mais pas au point de dissiper la puissance du pacte spontané, qui me lie aux Sénégalaises et aux Sénégalais.

Il est évident, qu’en rendant une démission sous la pression, j’aurais fait pire que ceux qui ont posé, avec insouciance, des actes de nature à ternir l’image de notre pays, et la bonne réputation de sa tradition démocratique.

Au nom de ce pacte, et de ces principes, j’ai refusé d’abdiquer, partageant avec de nombreux compatriotes la conviction que la dignité républicaine, attachée à la charge de Président de l’Assemblée Nationale, au même titre que toute autre charge publique, n’est pas une affaire personnelle.

En aucune manière, elle ne saurait être une propriété à céder et à reprendre au gré des contingences politiques.

Il m’a paru, à ce titre, important d’offrir une jurisprudence saine, toute de détermination, en incarnant humblement, une référence de résistance républicaine.

Il me plait alors de remercier toutes les Sénégalaises et tous les Sénégalais, d’ici et de la diaspora, qui se sont spontanément dressés contre l’injustice et la mise au pas de nos institutions.

Nombreuses, en effet, ont été les bonnes volontés, autorités religieuses et coutumières, toutes confessions confondues, acteurs politiques et syndicaux de toute obédience, ou de la société civile à s’être investis pour la stabilité et la cohésion nationales.

Mes chers compatriotes,

Votre soutien a été pour moi un adjuvant supplémentaire dans mon combat.

Voilà qui m’a fondé à croire et à admettre, que dans cet attachement aux valeurs républicaines, je n’ai jamais été seul.

Qu’il me soit dès lors permis de distinguer particulièrement Serigne Mouhamadou Lamine Bara Falilou MBacké, Khalife Général des mourides pour son implication personnelle, ses prières et ses conseils.

Je confonds dans ces mêmes remerciements les grandes familles de la Tidjania, du Mouridisme, des Niassene, des Layenne et de la Khadrya, ainsi que le chef de l’Eglise catholique, pour leur rôle éminent de régulateurs sociaux et de pèlerins infatigables de la paix civile.

Mes chers compatriotes,

Vous comprendrez aussi que je ne puis m’empêcher de rendre un hommage particulier, à cette frange d’authentiques députés ; qu’ils soient de la majorité, de l’opposition ou des non-inscrits.

L’histoire retiendra leur posture toute républicaine pour la défense de nos institutions.

Mes chers collègues, soyez fiers d’avoir écrit l’une des plus belles pages de l’histoire parlementaire du Sénégal.

Je salue votre sens élevé de la République, votre dignité et votre courage.

Nul doute que votre victoire aura consisté à fédérer les Sénégalaises et les Sénégalais, autour de ces valeurs qu’une majorité parlementaire n’est pas parvenue à diluer dans les consciences.

C’est ce combat-là que vous avez gagné en ralliant à notre cause, la majorité populaire, la seule qui vaille des sacrifices.

Chers collègues, je vous marque mon estime et mon profond respect.

Pour mes amis, compagnons d’échanges et de confidences des nuits profondes et des matins précoces, j’ai pu mesurer avec fierté votre élan de générosité, votre volontarisme et votre attachement à la justice.

Quant à vous Fatickoises et Fatickois, je vous dis merci pour votre engagement à mes côtés, et pour votre accompagnement affectif et politique.

A travers vous, je m’incline, devant cette fière et féconde terre du Sine qui m’a vu naître et grandir, et dans laquelle reposent mes parents. J’implore pour eux la miséricorde divine.

Mes chers compatriotes,

Puisque sous le prétexte d’une discipline partisane, l’on a imposé au sein du PDS, et de façon brutale, des modes de pensée et d’action contraires à l’idéal de liberté et de justice ;

Puisque l’on y encourage maintenant l’émergence d’un militantisme qui refuse la tolérance ;

Puisque l’on y cultive un parlementarisme dans lequel les dogmes et les exigences de la représentation du peuple sont rudoyés, pour mener à une rupture de confiance entre le peuple et ses représentants ;

Puisque l’on y a préféré la complaisance qui rétribue à la franchise qui fâche ;

Puisqu’en définitive, les nouveaux dogmes de cette formation politique sont en contradiction avec les idéaux pour lesquels je m’y étais engagé ; Je préfère rester attaché à mes convictions et valeurs que, jusqu’ici, j’ai défendues.

Et pour cela, je décide de démissionner du Parti Démocratique Sénégalais.

Ainsi, au terme des dispositions de la Constitution, en son article 60, cette démission de mon parti emporte la perte de mon mandat de député.

J’ai, en outre, décidé de rendre mon mandat de conseiller municipal de Fatick. Cette décision entraînant ma démission de mes fonctions de maire de Fatick.

Vous aurez sans doute remarqué, que j’ai choisi de me départir de toutes les fonctions obtenues sous les couleurs du PDS, consécutivement à ma démission de ce parti.

Mesdames, Messieurs, chers compatriotes,

Bien sûr que j’ai pris l’exacte mesure de ces actes, et les ai posés en toute responsabilité.

Bien sûr qu’il ne s’agit point là d’une abdication, mais au contraire, la manifestation d’une ferme résolution de faire admettre une autre vision de la politique, plus actuelle que jamais.

Bien sûr, que grande aurait pu être ma tentation de conserver mon mandat de député, afin uniquement et seulement de me réfugier sous le manteau de l’immunité parlementaire contre la poursuite du complot sous d’autres formes. Mais je n’en ai point besoin, fort du parcours qui aura été le mien. Bien sûr que Fatick comprendra que ma démission de mes fonctions de conseiller municipal ne saurait être assimilable à un abandon de mon engagement pour mon terroir, car plus que jamais, il demeure évident que je n’entends point y renoncer.

Mes chers compatriotes,

La gravité de l’heure ne saurait me départir du devoir de gratitude à l’endroit de Monsieur le Président de la République, pour toutes les opportunités qu’il m’a offertes, de servir mon pays au plus haut niveau.

Je puis vous assurer, que mes priorités et mon ambition, n’ont été nulles autres, que de servir notre Sénégal, en offrant au chef de l’Etat toute ma loyauté, dans le respect des symboles et principes républicains

Mesdames, Messieurs, chers compatriotes Soyez persuadés que mon avenir politique sera le prolongement permanent de mes actions au service du pays. Il se confondra avec ses aspirations profondes de paix, de dignité et de travail.

A ce vaillant peuple, je continuerai de consacrer tous mes efforts, toute mon énergie, en conjonction avec toutes les forces vives, particulièrement les jeunes et femmes, pour qui, le développement du Sénégal demeure le seul horizon qui vaille.

Mesdames, Messieurs, chers compatriotes,

Je demeure convaincu que l’engagement politique peut bien s’accommoder de l’éthique, de la morale et de la loyauté.

Encore faudrait-il lui trouver un cadre d’expression approprié dans le respect de l’Etat et des préoccupations des Sénégalais, dans la transparence et l’humilité.

Dans cette perspective, je vous invite, chers compatriotes, autour de nouvelles convergences qui nous porteront vers un retour à nos espérances.

Il ne fait aucun doute que ces nouvelles convergences s’inscriront dans une dynamique qui donne du sens à la stabilité politique, laquelle préserve du spectre de pays tourmentés.

Autrement dit, restaurer la plénitude républicaine sera un enjeu primordial, en réponse au besoin de remise en cause de nombreux modes de conception de l’action politique.

CHERS COMPATRIOTES,

Au-delà de l’évocation d’une nouvelle pédagogie politique, consécutive à un vœu des élites et des masses, il s’agit de faire prendre au Sénégal un nouvel élan puisé dans son génie.

D’ici-là, sans repos, ni relâche, mais également sans précipitation ni zèle, dans la discipline et la paix, sans crainte des manœuvres de persécution, d’intimidation et de déstabilisation qui ne manqueront pas, nous marcherons vers cette nouvelle ambition.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Fait à Dakar le 9 Novembre 2008

  • Monsieur Macky SALL
  • Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal

 

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