La sortie de Me Wade gêne profondément la Mauritanie militante »

Publié le par guissguiss

MESSAOUD BOULKHEIR, PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE DE LA MAURITANIE « 

par Baye Oumar GUEYE 

Messaoud Ould Boulkheir, le président de l’Assemblée nationale mauritanienne interrogé, trouve que la récente sortie du chef de l’Etat sénégalais, Me Abdoulaye Wade sur la situation qui prévaut dans son pays depuis le parvis de l’Elysée « est terriblement gênante pour la Mauritanie militante ». Interpellé en outre sur une issue possible du blocage institutionnel et politique du pays, il préconise un retour à la légalité constitutionnelle comme seule alternative crédible .
M . Messaoud Boulkheir, vous êtes de président de l’Assemblée nationale de la Mauritanie, quel est l’état des relations entre l’Assemblée nationale et la junte militaire ?

Ce sont des relations mi-figue, mi-raisin. L’Assemblée nationale est divisée, éclatée entre parlementaires qui soutiennent le putch, et d’autres qui s’en tiennent à l’arrêt constitutionnel. Je fais partie de ces derniers, qui sont en fait les premiers bien évidemment. Les relations entre les légalistes et la junte n’existe pas en matière de rapport fonctionnel, de service, parce que nous ne reconnaissons pas la junte, nous ne reconnaissons pas le gouvernement en place et donc nous n’avons pas de rapport de quelque nature. Par contre, des députés qui leur sont favorables, essaient, dans l’illégalité, tout comme fonctionne la junte militaire, de faire fonctionner l’Assemblée nationale, par le biais du premier Vice-président. Une session extraordinaire a été soi-disant convoquée illégalement par le Général et les députés essaient de régler, de trouver en fait un fond de légalité à ce coup d’Etat. Ils n’y arrivent apparemment pas, parce que depuis qu’ils ont commencé à étudier le problème, ils vont de report en report. On ne se sait réellement pas si cela va aboutir à quelque chose. En tous les cas, l’étau se resserre autour et de plus en plus, ils se rendent compte que c’est une voie sans issue.

Quelle va être l’issue de ce blocage ?

L’issue de ce blocage ? On ne sait pas ! Il faudrait qu’il y ait une sortie de crise et chacun a son point de vue. Pour l’écrasante majorité de la population, pour une partie des parlementaires, une partie des partis politiques, les plus progressistes et les plus dynamiques, il n’y a pas de sortie de crise sans le retour à l’ordre constitutionnel. Nous souhaitons que le Président de la République reprenne la plénitude de ses fonctions, qu’une fois cela acquis, qu’on essaie maintenant de trouver une sortie qui puisse se faire autour d’un consensus général. On a dit qu’on était ouverts, qu’il n’y avait pas de sujet tabou. Pour les tenants de l’autre sortie de crise pourrait être de rééditer le circuit des autres processus qui ont été mis en œuvre : débats, reconnaissance de la junte et puis lui laisser un délai de supervision, et venir enfin à des élections qui seront certainement contrôlées pas eux, avec des candidats choisis par eux.

C’est un cycle que l’on voudrait voir banni pour de bon, et c’est la raison pour laquelle nous le rejetons en bloc. Pour nous, il n’a pas possibilité de concertation, de discussions, sauf le retour à l’ordre constitutionnel.

Que vous inspire cette déclaration de Me Wade qui, du perron de l’Elysée, déclare que la junte militaire est « sur la bonne voie », c’est-à-dire en perspective d’organiser des élections libres et transparentes ?

En vérité, vous me mettez très mal à l’aise, parce que je ne voudrais pas avoir l’affront de commenter les déclarations du doyen des Chefs d’Etats de l’Afrique. Je suis un Africain, j’ai le respect du droit d’aînesse, et je ne voudrais en aucun cas paraître pour effronté. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est une déclaration qui gêne profondément la Mauritanie militante, qui gêne profondément la Mauritanie démocratique. Ce sont des propos auxquels on ne s’attendait pas, surtout de sa part lui, qui est un voisin, qui est une partie de nous-mêmes. La Mauritanie est une partie du Sénégal, et vraiment c’est surprenant de sa part, et c’est très gênant. C’est le moins que l’on puisse dire. Nous pensons que de tels propos auraient pu être tenus justement par quelqu’un qui habite à 10 mille kilomètres de la Mauritanie et pas par quelqu’un qui n’est séparé de la Mauritanie que par un filet d’eau, et qui n’ignore en rien, la réalité des choses et la sensibilité d’une telle situation.

Ayant choisi malheureusement le côté qu’il a choisi,le moins qu’on puisse dire c’est que cela nous gêne profondément. Nous aurions voulu tous, de part et d’autres, Sénégalais et Mauritaniens, de veiller sur la bonne entente, la fraternité, sur la solidarité qui ont toujours caractérisé nos rapports, et que nous devrions renforcer.

Par cette déclaration, bien évidemment, je crains que beaucoup de choses puissent être remises en cause. Il n’est pas dit que ce pouvoir auquel il apporte sa caution ne puisse faire long feu. IL y a un autre aspect qui me parait pernicieux, c’est de faire cette déclaration sur le perron de l’Elysée, comme pour laisser entendre que le gouvernement français, appuie en tout ou partie, cette déclaration.

Nous tenons à affirmer que la position du gouvernement français est enregistrée et en bonne place. Elle est dans le sens du progrès, dans le sens de la légalité et de l’ordre constitutionnel. Et ceci fait que nous ne doutons pas que cela sera confirmer d’un moment à l’autre, par cette France, qui pour nous occupe une très grande place dans nos cœurs, parce qu’elle fait partie de nous même.    

Publié dans Monde

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