L’Etat du Sénégal en faillite

Publié le par guissguiss

 Inondations, insalubrité, coupures d’électricité… : L’Etat en faillite
jeudi 11 septembre 2008

‘Apocalypse now’. Ce titre du film réalisé par Francis Ford Coppola pourrait, sans exagération, être adapté à la réalité sénégalaise. Une réalité faite d’inondations, d’insalubrité, de coupures quasi quotidiennes d’électricité.‘J’ai perdu ma maison, mon matériel (congélateur, poste-téléviseur, chaîne hi-fi) et suis aujourd’hui à la merci des courtiers qui, pour une simple course, me facturent une commission.


A la longue, c’est le peu d’économies qui me reste qui va y passer’. Cette complainte est celle d’un père de famille chassé de sa demeure par les inondations causées par les fortes pluies qui se sont abattues sur la capitale. Le menton entre les deux mains, chevelure hirsute, Gora – appelons-le ainsi - a l’œil rivé sur le ciel comme s’il voulait y chercher une explication irrationnelle à sa mésaventure. Ne vous hasardez pas à lui parler de la Puissance publique, du Plan Orsec ! A la limite, l’énoncé de ces termes réveille en lui une douleur qui le fait vous foudroyer d’un regard qui en dit long sur son sentiment : ‘Il n’y a pas d’Etat.’ Et difficile de le convaincre du contraire, lui qui a presque tout perdu dans ces inondations. Certes, il reconnaît que ce sont les forces de la nature qui sont la cause de ses malheurs, mais son sentiment dérive d’un fait simple : le gouvernement n’a pas fait sien l’adage qui veut que ‘gouverner, c’est prévoir’. Un adage que lui, le semi-analphabète, assimile pourtant.

Comme Gora, nombreux sont les pères de famille qui, aujourd’hui, ont perdu foi en la puissance publique. Non pas parce que la désobéissance civile les hante mais parce qu’il leur est difficile d’imaginer que l’Etat, s’il existe encore, attende le mois de septembre pour démultiplier conseils interministériels et autres Plans Orsec. Surtout que, déclarent certains d’entre eux, bien avant l’installation de l’hivernage, les services de la météorologie nationale avaient averti que la présente saison serait exceptionnellement pluvieuse. Ce qui les estomaque, davantage, c’est que l’Etat, dépositaire de cette information n’ait daigné débloquer, après coup, que 300 millions ‘alors que, pour des futilités, on a dépensé des milliards’.

Comme si cela ne suffisait pas à leur malheur, ces pères de familles sont, aujourd’hui, obligés de cohabiter avec l’insalubrité. Les camions de ramassage d’ordures les ayant boycottés, leurs quartiers sont devenus des décharges à ciel ouvert. Et il suffit de quelques gouttes de pluies pour que les égouts soient bouchés. Ça dégueule dans tous les sens. Transformant leur cadre de vie en une énorme poudrière faite d’eaux usées, de détritus et d’eaux de ruissellement. Mouches et moustiques s’en donnent à cœur-joie. Conséquence : un taux élevé de consultations. Un tour dans un dispensaire des Parcelles assainies permet de constater, de visu, les effets de cette situation sur les populations. L’infirmier-chef de poste étant absent, il était difficile d’avoir des chiffres. Mais, l’affluence renseigne sur l’état de santé des populations environnantes. Trouvée sur les lieux, une aide-soignante se ventile comme elle peut à l’aide d’un éventail. ‘Depuis ce matin, il n’y a pas de courant, informe-t-elle. Dans la journée, on ne compte plus le nombre de délestages’. C’en est là un autre fléau que vivent les populations de l’agglomération dakaroise. ‘Toutes mes économies, je les ai dépensées dans l’achat de bougies. Paradoxalement, cela ne m’exempte pas de factures les unes plus salées que les autres’, se lamente-t-il. Comme si la Senelec voulait le sanctionner pour cette ‘inconduite’, le poste-téléviseur posé dans le vestibule s’éteignit brusquement. ‘Non contents de nous priver d’électricité à longueur de journée, ils s’attaquent au peu de matériel que nous avons’, dit-il au bord de la crise de nerfs.

Ibrahima ANNE

Publié dans Economie

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