Cote d'Ivoire: Probable report de la présidentielle

Publié le par Fraternite-Matin

Probable report de la présidentielle : COMPAORÉ : CONVAINCRE LES ACTEURS
Dans son édition N° 2487 du 7 au 13 /9/ 2008, le confrère déclare que la présidentielle n’aura pas lieu, sauf miracle le 30 novembre.
La présidentielle n'aura pas lieu, sauf miracle, le 30 novembre. Le médiateur, le Président burkinabé Blaise Compaoré, tente maintenant de faire accepter l'idée de ce report à chacun des protagonistes. Tout en veillant à ce que, sur le terrain, la préparation du scrutin continue.

Pour l'Onuci, l'affaire est entendue. Dans une note confidentielle du 2 septembre, un haut responsable de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) informait le Secrétaire général de l'ONU de "l'impossibilité désormais quasi certaine " de respecter la date butoir. Ban Ki-moon n'a pas dû être très surpris par cette nouvelle. En marge de son passage devant le Conseil de sécurité, le 24 juillet, son représentant à Abidjan, Choi Young-jin, avait déjà attiré son attention sur les retards enregistrés dans le déroulement du processus électoral.

La liste des obstacles est longue: difficultés de décaissement des contributions annoncées; lenteurs dans l'aménagement des sites de collecte des données du recensement; problèmes d'acheminement à Abidjan du matériel de Sagem, l'opérateur français désigné pour procéder à l'identification de la population et à l'enrôlement sur les listes électorales; insuffisance du délai restant pour le recensement des Ivoiriens, la confection des pièces d'identité et l'établissement des listes électorales.. .
En réponse, le Secrétaire général lui avait recommandé de mettre l'Onu à contribution pour régler les problèmes les plus urgents. Ce qui fut en partie fait. L'Onuci a déboursé 300 000 dollars pour payer deux rotations d'un avion qui a acheminé à Abidjan, entre le 6 et le 8 août, 1536 " valises d'identification et de recensement ", sur les 6 000 nécessaires à la réalisation de l'opération. Une fois l'ensemble du matériel réceptionné, il aura fallu y installer le logiciel de l'identification, puis repartir ces "valises " depuis Abidjan vers les 70 sites secondaires disséminés à travers tout le pays, et dont la plupart n'ont à ce jour pas été aménagés ou réhabilités.
Le maniement de cet équipement exige un certain savoir-faire. Six mille agents de recensement, qui attendent encore d'être recrutés, devront être formés puis déployés sur l'ensemble du territoire. Pour effectuer le travail proprement dit, 6000 "équipes mobiles et fixes " se déplaceront sur 11 000 points d'enrôlement, pour accueillir les Ivoiriens, examiner leurs pièces justificatives, les répertorier, les photographier... Les données recueillies seront alors centralisées, à Abidjan, pour confection des pièces d'identité et des cartes d'électeur. Or le satellite qui doit permettre la transmission de ces précieuses données n'a toujours pas été configuré.
" Devant autant de préalables non encore remplis, confesse un haut responsable du bureau de Sagem à Abidjan, il est illusoire de penser pouvoir procéder à une identification correcte sans ajourner la date de l'élection. " D'autant qu'aux problèmes logistiques s'ajoutent les angoisses financières. L'argent manque.
Signe de cette carence: les représentants de la Commission électorale indépendante (CEI) déployés dans le pays pour en animer les branches locales n'ont pas été payés à la fin du mois d'août. L'État peine à trouver 500 millions pour couvrir leurs émoluments. Les caisses publiques sont éprouvées par les diverses échéances auxquelles l'administration ne parvient pas à faire face. Le Trésor public doit débourser chaque mois une part de sa contribution au financement du processus électoral (20 milliards de F CFA en tout), tout en avançant les 13 milliards de F CFA attendus de l'Union européenne, qui n'arriveront que fin octobre. L'État ivoirien s'est ainsi trouvé contraint d'émettre des bons du Trésor pour mobiliser l'argent frais qui peine à venir. Dans ces conditions, la date du 30 novembre n'est maintenue que pour des raisons symboliques et stratégiques, Le Chef de l'État burkinabè, Blaise Compaoré, médiateur dans la crise ivoirienne, commence à préparer les leaders de l'opposition à l'éventualité d'un report. Hostile à cette idée, le patron du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié, était attendu à Ouagadougou le 7 septembre pour être " raisonné ". Quant au président du Rassemblement des républicains (Rdr), Alassane Dramane Ouattara, il a déjà été reçu, à la mi-août, au palais de Kosyam, dans la capitale burkinabè. Allié de Bédié au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), Ouattara est beaucoup moins intransigeant que lui sur le maintien de la date du scrutin. Il fait même preuve d'une souplesse qui surprend ses interlocuteurs. À Choi Young-jin, à Boureima Badini, représentant du médiateur à Abidjan, comme à tous les autres diplomates qu'il a récemment rencontrés, il a confié qu'il ne faisait pas une fixation sur le 30 novembre. "L'important, pour moi, martèle-t-il, c'est que l'élection ait lieu à la date la plus proche à laquelle il est possible de l'organiser dans la transparence et la paix ". Jouant la carte psychologique, Ouattara est convaincu de la nécessité de rassurer Gbagbo et ses proches pour que le processus aille jusqu'à son terme.

Des signes de tension

Cet esprit de conciliation n'est pas la chose la mieux partagée. Sur place, la tension reste perceptible et la course électorale peut être stoppée net à tout moment. Ainsi, sans crier gare, le 2 septembre, Julien Adou Akaffou, commandant des forces terrestres des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (Fanci), a placé en état d'alerte maximale le 1er bataillon du camp d'Akouédo. En cause: une information fournie par les services de renseignements selon laquelle une attaque se préparait contre la présidence. Le commando devait être composé d'éléments infiltrés, mais également de soldats des Fanci exaspérés par le retard de paiement des arriérés de primes de guerre, qui culminent à 22 milliards de F CFA.
Le ministre de la Défense, Michel Amani N'Guessan, et le chef d'état-major, Philippe Mangou, se sont discrètement rendus à la fin d'août dans les casernes pour promettre une rallonge de solde de 50 000 F CFA jusqu'à épuisement du stock des arriérés. Apparemment, ils n'ont pas convaincu.
Les remous au sein des Fanci sont intervenus quelques jours après le soulèvement des combattants démobilisés des Forces nouvelles (FN, l'ex-rébellion qui occupe le nord du pays) qui, le 22 août, se sont emparés de Bouaké pour solliciter le versement à chacun d'entre eux d'une prime de 5 millions de F CFA. La révolte de ces soldats de fortune est un signal d'alarme qui rappelle que le sort des ex-rebelles est encore bien flou. Leur réinsertion, la définition des quotas à intégrer dans l'armée nationale à reconstituer, le sort des grades acquis à la faveur de l'insurrection... aucune de ces questions n'a encore été tranchée. D'un commun accord, le Chef de l'État, Laurent Gbagbo, et le chef de l'ex-rébellion devenu Premier ministre, Guillaume Soro, avaient reporté le débat. Désormais, ce dossier constitue une sérieuse hypothèque sur le processus de sortie de crise. Gbagbo l'a compris. Il a proposé de se rendre le 15 septembre à Bouaké pour parler aux fameux " com'zones ", les commandants de zone des FN, dans le collimateur de Simone Gbagbo. Soro a donné son accord à cette visite. Cela sera-t-il suffisant?

En dépit de ces difficultés, les deux principaux protagonistes de la crise ont décidé de sauver les apparences. Gbagbo a été investi candidat par le Front populaire ivoirien le 30 août.

Quant à Guillaume Soro, il a ordonné à Sagem de démarrer les opérations d'identification le 15 septembre. Qu'importe si le matériel n'est pas au point, si les agents de recensement ne sont pas encore formés, et si les sites d'enrôlement à l'intérieur du pays ne sont toujours pas opérationnels.

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