Coup de Gueule | Coup pour coup

Publié le par guissguiss

Coup de Gueule | Coup pour coup
Avec le brutal limogeage de M. Farba Senghor, Me Wade a encore réussi, après pourtant en avoir fait voir de toutes les couleurs à ses compatriotes depuis huit ans, le tour de force de surprendre son monde. Les sorties désordonnées de l’ancien ministre de l’Artisanat et des Transports aériens ainsi que les paroles décousues proférées dans les médias prouvent que l’intéressé lui-même n’a rien vu venir et reste groggy par ce coup fumant. En lecteur assidu de Machiavel, Me Wade, animal politique hors pair, a sorti une vieille recette recommandée par le grand florentin : alliant la force du lion et la ruse du renard, le Prince ne doit pas hésiter à sacrifier à la vox populi un féal devenu encombrant.

Or, en la matière, Farba Senghor, personnage fantasque, avait battu tous les records d’impopularité comme en témoignent les cris de joie unanimes notés dans les chaumières après l’annonce de sa « défenestration ». Mais Wade ira-t-il jusqu’au bout de sa logique en sacrifiant ainsi de manière spectaculaire l’un des condottieri les plus zélés du wadisme, toujours aux avant-postes pour débusquer les ennemis réels et imaginaires de son patron ? Il est permis d’en douter si l’on se réfère à la « doctrine Pape Samba Mboup ». Gravement mis en cause dans une affaire de mœurs, ce proche collaborateur du chef de l’Etat avait été contraint à la démission, avant de revenir quelques mois plus tard en cour, plus puissant que jamais. Sauf que cette fois-ci, la justice ayant été mise en branle au point d’obliger le Procureur de la République à tenir une conférence de presse, il sera difficile de servir au peuple une nouvelle pantalonnade. A l’ère de la démocratie d’opinion, le chef de l’Etat ne peut pas ne pas tenir compte des humeurs de ses compatriotes qui ont démontré à travers les médias qu’ils suivaient de très près les développements de cette affaire et la suite que les autorités entendaient donner à la mise à sac des journaux l’As et 24 H Chrono . De surcroît, avec ce qu’il est convenu d’appeler désormais « l’affaire Farba Senghor », tout en faisant jouer la présomption d’innocence, la justice tient une occasion historique de prouver son indépendance vis-à-vis d’un pouvoir exécutif à la tutelle trop pesante et de se ressaisir suite aux manquements notés dans une série de scandales politico-judiciaires. Dans tous les cas, le clan des faucons de la présidence de la République se trouve affaibli avec cette chute inattendue d’un homme dont les frasques ont sérieusement affaissé la fonction ministérielle et qui a donné une bien piètre image de la République. Pour le moment, la première leçon à tirer de ce mini-séisme politique est que la presse a incontestablement remporté une première manche dans le bras de fer éprouvant engagé avec le pouvoir depuis quelques mois. Jouant sa survie face à un régime décidé à la mettre au pas, elle devrait pourtant se garder de tout triomphalisme dans une bataille de nerfs qui s’annonce de longue haleine. En ce sens, la garde-à-vue prolongée du Directeur de publication de 24 H Chrono ainsi que la fermeture de ce journal prouvent que le pouvoir libéral ne lui fera aucun cadeau et rendra coup pour coup.

Publié dans Politique

Commenter cet article