Le président Wade en porte-voix du droit international

Publié le par guissguiss

DARFOUR, ZIMBABWE, TRANSITIONS EN AFRIQUE... Le président Wade en porte-voix du droit international

 A Chicago où il séjourne depuis mercredi à l’invitation de l’association des journalistes noirs américains, le président Abdoulaye Wade qui s’exprimait hier face à la presse internationale, a regretté les exactions contre les populations du Darfour et appelé à un dialogue constructif au Zimbabwe. Il en a également profité pour se féliciter de l’alternance pacifique intervenue au Sénégal en 2000. D’autres sujets comme les problèmes écologiques et climatiques ont également étaient abordés par le président sénégalais.

Le contexte de crise alimentaire offre à la question une nette singularité : les changements climatiques ont une incidence directe sur les rendements agricoles. La montée des eaux, la fonte des glaces et le réchauffement climatique deviennent des sujets cruciaux. L’interdépendance planétaire exige des acteurs de tous les pays une solidarité planétaire. Le Sénégal, dans le cadre des organisations du continent africain notamment l’Ua et sur les grandes tribunes du monde comme le G8, a formulé des réponses. Invité à se prononcer, ce jeudi, devant la Convention 2008 de Unity, l’association américaine des journalistes de couleur, le président Wade est porteur, à ce titre, d’une vision qui s’est déclinée en reboisement, lutte contre l’érosion côtière, les émissions de gaz à effet de serre, etc.

DARFOUR, ZIMBABWE, TRANSITIONS EN AFRIQUE...  Le président Wade en porte-voix du droit international

L’Afrique, une ambition jamais prise en défaut. Chez le président Wade, il s’agit d’une conviction de tout instant et sous toutes les latitudes, que cela soit sur des questions écologiques pures ou sur l’environnement institutionnel, économique, politique et social. A Chicago, le chef de l’Etat sénégalais, dans son petit-déjeuner avec la presse internationale, a abordé, hier, deux questions qui fâchent : la situation au Darfour et les élections mouvementées au Zimbabwe. C’est en porte-voix du droit international qu’il s’est présenté aux journalistes. Sur le Darfour. « Je vis personnellement ce drame car le président Béchir est un ami. Mais je suis d’abord un juriste et un militant des droits de l’Homme. Je m’aligne sur ce que les conventions internationales recommandent. Je regrette les exactions sur les populations. C’est déplorable que près de 700.000 personnes soient devenues des sans-abri », a déploré Me Wade. Selon lui, « la communauté internationale doit bien suivre ce qui se passe au Darfour. Plusieurs factions, plusieurs bandes y opèrent avec, comme objectif ultime, de renverser le président Béchir ».

Toutefois, le chef de l’Etat sénégalais a invité la communauté internationale à faire une enquête sur les questions de « génocide ». Un génocide, à l’analyse, décrit une réalité dans laquelle des questions raciales poussent à tenter d’exterminer un groupe.

Les sentiments personnels marquent aussi son approche du cas Zimbabwe. Mugabe est un ami et Tsvangirai un fils. Cependant, « la voie la meilleure, pour le président, reste celle du dialogue. Le président Wade s’est expliqué sur les transitions en Afrique. « Je suis un démocrate. En tout état de cause, ce sont des élections démocratiques qui doivent permettre à quelqu’un d’arriver au pouvoir et de diriger le pays », a souligné Me Wade. Il a donné son exemple : vingt-cinq ans dans l’opposition, des élections « perdues » à plusieurs reprises. Au final, l’alternance. « Si l’alternance a pu avoir lieu, c’est que le président Diouf a joué le jeu. Des élections se sont déroulé le dimanche et le mardi matin, il m’a téléphoné pour dire : tu as gagné. Ceci, contre l’avis de son parti qui avait noyauté l’armée et d’autres circuits », a expliqué le chef de l’Etat. Ce rappel est une occasion de se féliciter du comportement républicain de son prédécesseur : « C’est une occasion de rendre hommage au président Diouf parce que s’il n’avait pas accepté sa défaite, il y aurait eu des dérapages sanglants ».

L’actualité sénégalaise a fait irruption dans la salle de ce petit-déjeuner avec la presse internationale accréditée à Chicago. Question sur l’affaire dite des journalistes Kambel et Kara contre des éléments des forces de l’ordre, à la fin du match international Sénégal-Liberia du samedi 28 juin dernier. « C’est une situation regrettable entre presse et forces publiques mais le Sénégal est un pays de droit. La justice a été saisie et le processus suit son cours », a estimé Me Wade.

Sur Barack Obama (Chicago est sa ville) le président de la République s’est limité à dire que le premier candidat de couleur dans la dernière ligne droite de la course vers la Maison-Blanche est un Américain et que la présidentielle n’est pas une question raciale mais bien une élection américaine. Sur le bilan de l’administration Bush, il se garde de « grands commentaires » sur des faits « exceptionnels" mais salue tout de même l’implication de l’Usaid dans les politiques de développement.

MONTEE DES PERILS : L’Afrique entre érosion côtière et désastre humanitaire

Rufisque, littoral torturé par l’érosion côtière. Une cité sénégalaise sous la menace des eaux. La furie du liquide précieux hante le sommeil d’un quartier de la vieille ville de Ngalandou Diouf. Encore et toujours, comme en cette nuit de l’hivernage 2007 où les habitants ont reçu la visite des vagues venues s’écraser au seuil de leurs maisons. Le cimetière n’a pas été épargné. Des sépultures emportées par la mer comme des feuilles au vent. Fortes émotions chez les autochtones, les autorités communales et étatiques. La digue n’a pas contenu la colère de la grande bleue. La mer, en quelques années, a englouti les arbres et le drapeau hissé au bord du cimetière. Le prix de l’extraction du sable marin qui accentue les changements climatiques et leur trop plein liquide.

Un autre continent, une même préoccupation. L’Amérique a connu la douleur des inondations. Les pluies torrentielles ont causé la mort de douze personnes dans les deux Etats du Minnesota et de l’Oklahoma le mois dernier. Le puissant cyclone « Dean » a fait sa traversée fatale de la Martinique aux Etats-Unis en passant par Haïti, la République dominicaine, le Mexique et la Jamaïque. Chicago, dans l’Etat de l’Illinois est si proche et si loin, à la fois, de ces perturbations climatiques. Située à 1.300 kilomètres à l’ouest de New York City et à 3.300 km au nord-est de Los Angeles, la troisième ville des Etats-Unis est aussi la plus grande du Middle West. Elle s’érige sur la rive sud-ouest du lac Michigan depuis 1770, date de sa création et 1837, celle de son existence officielle. La ville compte 2.873.790 habitants contre 8.711.000 pour l’agglomération. Cette cité d’une ancienne plaine marécageuse, arrosée par les rivières Chicago et Calumet, voies ouvertes sur le Mississippi et l’Illinois, reçoit une importante rencontre sur les changements climatiques. Un thème qui ne dépare ni l’histoire ni la physionomie du deuxième centre industriel des Etats-Unis, dans ce qui est appelé le ’’Manufacturing Belt’’ (la ceinture industrielle) et qui joue un rôle important dans la finance internationale. Le cours du blé et du soja y sont déterminés.

C’est ici, qu’il y a cinq mois et demi, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Ban Ki-moon, a lancé un plaidoyer sur les changements climatiques. Un appel en écho à celui du Comité économique et social européen (Cese) qui a invité, il y a une vingtaine de jours, l’Ue à prendre la tête de la lutte contre le changement climatique. Dans la même foulée, la France a proposé la mise en place d’un Centre européen sur le changement climatique. Dans ce pays, un sondage Ifop publié par « Le Monde » le 21 juillet dernier sonne l’alerte et permet de mesurer la dimension du risque : 53% des Français sont plus angoissés par l’avenir de la planète fortement lié aux problèmes environnementaux que par le nucléaire (27% des sondés, après la pollution des eaux qui, avec 33% arrive en seconde position). Une prise de conscience renforcée par l’engagement de personnalités comme Nicolas Hulot (patron de la Fondation Association de défense de l’environnement), Al Gore (ancien adversaire de Bush à la présidentielle américaine, ancien vice-président de Bill Clinton) et l’ancien président Jacques Chirac, lui aussi patron d’une nouvelle fondation.

L’Afrique est particulièrement menacée par les changements climatiques. Une préoccupation à laquelle est fortement liée la voix du président de la République, Me Abdoulaye Wade. En ce jour, il aborde la question devant la Convention 2008 de Unity, l’association américaine des journalistes de couleur. Devant ces journalistes, Me Wade posera un acte historique. C’est une première, pour un chef d’Etat étranger, de s’adresser à plus de 6.800 confrères issus des minorités. Le message attendu est un texte d’espoir qui confirme la nécessaire action pour soulager les côtes sénégalaises et africaines en général du péril écologique. La corrélation est nette entre les changements climatiques et le développement, notamment l’agriculture. Un fait essentiel au moment où la planète est secouée par les effets d’une crise alimentaire qui accroît l’intérêt d’une autosuffisance alimentaire pour tous les pays. Une note d’espoir aussi qui écarte la fatalité. Avec l’engagement des hommes et la mobilisation de moyens adéquats, les effets de ces changements climatiques peuvent être surmontés.

Me Wade aux Etats-Unis - CONTOURS ET EFFETS D’UN DESASTRE PLANETAIRE : La solidarité internationale antidote à l’interdépendance écologique

Le Programme des Nations unies pour le développement alerte la planète : les changements climatiques menacent le développement humain durable, notamment la productivité agricole et la sécurité alimentaire. Les systèmes écologiques sont fragilisés et en cent ans, les températures ont augmenté de 0,7degré C au moins selon les experts. Les pays pauvres sont les plus exposés à l’accroissement de la pauvreté et la limitation des opportunités d’amélioration des conditions de vie.

« Entre 2000 et 2004, 98% des personnes qui ont été durement affectées par les désastres climatiques étaient ressortissants des régions sous-développées », a indiqué, il y a quelques mois, le représentant-résidant du Pnud-Gabon, Mme Bintou Djibo. Le rapport du Pnud fixe un horizon inquiétant : d’ici à 2080, 1,8 milliard de personnes supplémentaires pourraient vivre dans une région où existeront des pénuries d’eau.

Seul un niveau de développement appréciable peut mettre ces populations à l’abri des chocs climatiques. Toujours selon Mme Djibo, « le niveau de la mer pourrait augmenter rapidement en raison de la désintégration accélérée de la calotte glacière. Une augmentation de la température mondiale de 3 à 4 degrés C pourrait provoquer le déplacement temporaire ou permanent de 330 millions de personnes du fait des inondations ». Comme effet, de nombreuses espèces animales et végétales sont menacées d’extinction et les risques sanitaires, surtout dans les pays pauvres, sont immenses. Le paludisme est cité.

Enfin, ce rapport s’émeut du sort des pays pauvres qui paient une dette écologique qu’ils n’ont pas, pour de larges parts, contractée. L’interdépendance écologique est le facteur central. Donc la solidarité internationale est le seul moyen d’écarter cette menace qui, après la paludisme, le Sida, la famine et la pauvreté, est désigné « bourreau » des populations des pays pauvres.

Les gaz rejetés dans l’atmosphère sont donc une question planétaire et non une urgence circonscrite dans les limites des territoires nationaux. Avec la déforestation, l’urbanisation incontrôlée, les transports, ces gaz font monter la température, fondre la glace et hisser le niveau de la mer au-dessus de la terre ferme. L’effet de serre est impitoyable. L’augmentation de la température, même pour 1°, est une catastrophe pour les espèces animales, notamment les amphibiens (grenouilles, crapauds, salamandres, etc.) et l’ours polaire.

Beaucoup de décideurs et d’observateurs ont relevé le nécessité de doter l’Afrique de moyens adéquats pour lutter contre les conséquences de ces changements climatiques. Ils déplorent une « marginalisation » de ce continent dans le financement des projets du Mécanisme de développement propre créé par le protocole de Kyoto. La conférence de Bali, en 2007, avait abordé la question et permis de capitaliser des avancée notables vers une meilleure prise en charge des problèmes du continent sur le plan environnemental. Les dirigeants des pays riches du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) ont ouvert leurs travaux par des discussions avec les sept Etats africains (Afrique du Sud, Algérie, Ethiopie, Ghana, Nigeria, Sénégal, Tanzanie, plus l’Union africaine) ont parlé du phénomène de l’envolée des prix du pétrole et de la crise alimentaire mondiale. L’Afrique a montré un intérêt pour la confirmation, par le G8, de l’engagement pris lors du sommet de Gleneagles en Ecosse, en 2005, relative au doublement de l’aide annuelle à l’Afrique en 2010 par rapport à son niveau de 2004 (à 25 milliards de dollars). L’Union européenne, quant à elle, a envisagé la mise en place, grâce aux excédents budgétaires de ses pays membres, d’un fonds doté d’un milliard d’euros pour soutenir le stratégique secteur agricole dans les pays pauvres. En attendant 2010, seul le quart des 25 milliards de dollars promis à Gleneagles a été débloqué. D’ici à cette échéance, l’Afrique du Sud, même mieux lotie que beaucoup de ses voisins sur le continent, a fort à faire avec la menace de réduction, à hauteur de 20%, de ses cultures de maïs d’ici quinze à vingt ans. Une mauvaise nouvelle selon Marthinus van Schalkwyk, à son arrivée au Sommet du G8 organisé au Japon il y a quelques semaines. Le ministre de l’Environnement de l’Afrique du Sud a sa recette : demander aux pays développés de réduire leurs émissions de 80% à 95% d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990. Des pistes sont explorés par les spécialistes : économiser l’énergie, améliorer l’efficacité énergétique, limiter le recours aux énergies fossiles et à l’eau, sélectionner les techniques agricoles, repenser les transports et améliorer l’habitat.

L’urgence est signalée depuis longtemps : la demande mondiale d’énergie augmente à un rythme de près de 2 % en moyenne par an depuis le début de l’ère industrielle. Rien n’est figé : cette évolution peut descendre jusqu’à 1 % ou approcher 5 % selon les années.

Me ABDOULAYE WADE, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, A BELFAST : « Le débat actuel sur les changements climatiques a été le nôtre depuis plus d’un quart de siècle »

Le chef de l’Etat avait abordé, il y a quelques mois, la question des changements climatiques devant l’Internationale Libérale, à Belfast, en Irlande. Le thème, « Our shared future » (notre avenir commun), est prémonitoire de ce qui se dira à Chicago, mais aussi de la suite que le monde va réserver à cette lutte. Nous reproduisons un extrait de ce texte.

« Nous référant à la Déclaration d’Oxford de 1967 qui mentionnait que « the community has a special responsability to protect natural resources from indiscriminate development either by public or private interests » (la communauté internationale a la haute responsabilité de protéger les ressources naturelles d’une utilisation inconsidérée aussi bien pour des intérêts publics que privés, ndlr), une résolution des Partis libéraux africains a rappelé la résolution de 1984 et l’appel libéral de Rome qui recommandaient respectivement « to take active steps to reduce sulfured dioxide emissions from industries and power stations » (prendre des mesures énergiques pour réduire les émissions de dioxyde de soufre par les industries et les centrales énergétiques, ndlr) et aussi « requires the industrialised societies to reduce drastically their waste raw materials and non renewable energy resources » (demande aux industries de procéder à une réduction drastique des déchets tirés de leurs matières premières et de l’utilisation des énergies non-renouvelables, ndlr)

La lutte de l’Afrique en faveur de l’environnement se traduit aujourd’hui par notre engagement à construire la Grande Muraille Verte de Dakar à Djibouti, le long du Sahel, pour limiter l’extension du désert et rééquilibrer l’atmosphère dégradée par le saccage des forêts tropicales.

Parallèlement, les bailleurs de fonds ont adopté le modèle sénégalais des bassins de rétention qui recueillent auprès de chaque ville une partie des milliards de tonnes d’eau qui tombent chaque hivernage et disparaissent par infiltration dans le sol ou vers la mer. Le bassin de rétention permet au village de cultiver toute l’année pour la production maraîchère destinée aux marchés locaux ou à l’exportation. Nous en avons réalisé environ 250 au coût unitaire de $140.000 environ.

Vous voyez, Mesdames et Messieurs, Chers Congressistes, que le débat actuel sur les changements climatiques a été le nôtre, depuis plus d’un quart de siècle. De manière générale, si on avait écouté les libéraux et appliqué nos recommandations, on aurait dépassé les problèmes écologiques qui menacent l’équilibre de notre Planète ».

Le président de la République devant des journalistes : « La critique objective peut aider à rectifier le tir »

Dans la matinée, il était face à la presse internationale. Un petit-déjeuner auquel s’est invitée l’affaire dite Kambel et Kara. Une altercation fort regrettable entre des journalistes et des éléments des forces de l’ordre, selon le président de la République, Me Abdoulaye Wade. L’affaire est devant la justice, s’est-il contenté de dire, invitant tout le monde à attendre la fin de la procédure. Dans l’après-midi, Me Wade a accordé, à l’hôtel Sheraton de Chicago, les jeunes reporters de la Convention 2008 de Unity, l’association américaine des journalistes de couleur. La question de la presse sénégalaise s’est encore invitée à cette deuxième rencontre.

Le président de la République a magnifié le rôle d’une presse dans la démocratie. Cas pratique : sa marche, vingt-cinq ans durant, vers le pouvoir, entre accusations, emprisonnements, harcèlements et tentatives affirmées de démantèlement. « Je crois en la liberté de la presse », a-t-il dit devant un auditoire attentif à ses explications. Cette liberté, a-t-il précisé, commande aux journalistes d’informer voire de dénoncer les tares d’une société ou d’un système. « La critique objective peut aider à rectifier le tir », a insisté Me Wade. Il a tenu à déplorer les dérives en ces termes : « Une fois que cela sort de ce cadre (la critique objective), cela devient un problème.

Rappelant avoir jeté les bases d’une presse plurielle et libre à travers la création de journaux comme Demain l’AZfrique et Le Démocrate, le chef de l’Etat a expliqué les dispositions de la loi sénégalaise qui n’exige pas de déclaration préalable pour la création d’un journal. Il a aussi fait part du projet de dépénalisation des délits de presse qui a été soumis aux journalistes pour qu’ils fassent des propositions. Un garde-fou : le chef de l’Etat considère que tous les citoyens sont égaux devant la justice.

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