passeport numérisé

Publié le par guissguiss

un émigré chômeur différent des autres
Terrassa (Espagne), 28 juin (APS) – Emigré sénégalais à Valence où il est en regroupement familial depuis trois ans, Mbacké Touré a 22 ans et deux problèmes : retrouver son emploi de soudeur métallique en entreprise et acquérir un passeport numérisé sénégalais.

Dès qu’elle pénètre le hall d’un hôtel de Valence, la silhouette du jeune homme attire le petit monde de la Caravane des PME sénégalaises en Espagne. Son regard intensément complice clignait quelque part ‘’sénégalais’’. Le sourire qui l’accompagnait aussi.

 

Son portrait-robot vient confirmer la présomption des uns et des autres. Il est grand, frêle, noir, d’une chevelure hirsute et d’une démarche nonchalante. Plus d’un caravanier le rangeait parmi ‘’les boys de la pirogue’’, un émigré clandestin arrivé par mer.

‘’Je suis arrivé en (regroupement) familial’’, confie-t-il, infortuné et confiant pour l’avenir qu’il prépare petit à petit. Touré est venu rejoindre son père naturalisé et ses autres frères. ‘’Non, ce n’était pas la pirogue’’, rectifie-t-il gentiment, avant de retracer son jeune parcours, pas si rose. Pour le moment.

Par ces temps de chômage en Espagne, la famille reconstituée est une chance pour lui, chômeur depuis un mois. Pourtant, il n’est pas si malheureux. Juste en face du gîte des caravaniers venus de Dakar, il y a des immigrés clandestins, sans emploi et sans domicile. Ces Sénégalais, Gambiens et Bissau-guinéens ont échoué… sur un jardin public qui leur sert de tout.

‘’C’est dur quand on est compressé pour raison économique. Mais, j’ai de la famille ici’’, dit-il. La cherté du pétrole a frappé son employeur, une entreprise de menuiserie métallique. Cette raison économique a servi de motif à son chômage technique. ‘’A cause de la crise, le patron m’a dit sa décision (d’arrêter). Auparavant, il l’avait dit à trois autres immigrés (dont un Sénégalais)’’.

En Espagne comme dans presque tous les pays, notamment importateurs de brut, la crise économique sonne à la porte de l’industrie manufacturière, surtout les PME. Chez cet ouvrier, le pétrole est à l’origine de la baisse de l’ardeur du chalumeau et d’un congé forcé.

Pourtant, ce n’est pas de tout repos pour Mbacké. Quelque peu embarrassé, mais pas résigné. Son attitude ressemble à une force rédemptrice capable de vaincre l’oisiveté qui a gagné bien de ses camarades d’infortune. Il a mis à profit ses moments difficiles pour poursuivre sa formation professionnelle.

Son idée est de retrouver le plus tôt un emploi et de gravir à temps les échelons dans son métier. Là où d’autres se réfugient derrière les vices pour noyer leurs désillusions dans ce qu’il prenaient pour ‘’l’eldorado européen’’. Ces derniers se réfugiant dans l’alcool, l’usage abusif du tabac et la mendicité. Névrose et agressivité rythment leur quotidien, à l’image des assiégeants du jardin faisant face à l’hôtel Turia de Valence.

Le chagrin et l’amertume ont laissé Mbacké indemne. Bleu, il recevait la traditionnelle initiation par le biais du commerce de rue ou la vente à la sauvette sur les plages, des variantes des vendeurs ambulants de Dakar. Il a passé 18 mois dans cette sorte d’immersion du nouvel arrivant instaurée par des communautés d’immigrés. Par la suite, il ira apprendre à pratiquer un métier : soudeur.

Aujourd’hui, Touré a du pain sur la planche. La perte d’un emploi moderne n’est pas son unique souci. Le jeune soudeur est au four et au moulin afin de continuer à pouvoir tirer avantage du secteur formel. Seulement, le nouveau passeport numérisé sénégalais lui fait défaut.

Loin d’avoir le profil de l’investisseur dont la rencontre est recherchée par la Caravane des PME, il dit, sans ambages, que sa présence résulte d’une quête du sésame. Son ‘’passeport Cédéao’’ (de ressortissant de la CEDEAO) n’est plus valide depuis janvier 2007.

‘’Maintenant, j’ai espoir d’en avoir, mieux, le nouveau passeport numérisé. C’est presque illusoire il n’y a pas longtemps’’, signale-t-il, peu avant de s’inscrire comme plus de 400 autres personnes sur les listes ouvertes à cet effet par l’association des Sénégalais d’Espagne. Près de 17% des Sénégalais vivent à Valence qui accueille la deuxième population d’immigrés du pays de Cervantès. Aussi, beaucoup parmi les 1.500 sénégalais de Gandia, à 60 Km, avaient effectué le déplacement.

Officiellement, il y a 50.000 citoyens du Sénégal en Espagne. Par contre, des sources associatives estiment que ce pays accueille plus de 100.000 ressortissants sénégalais, des immigrés légaux, des binationaux, un fort contingent de clandestins et des venants d’Italie dont l’Espagne est le dernier refuge en Europe, après le retour aux affaires de la Droite populiste.

Mercredi à Valence, lors du passage du ministre des Mines, de l’Industrie et des PME, Ousmane Ngom, les autorités consulaires y avaient dépêché une équipe chargée d’une valise mobile pour la confection du document de voyage. La nouvelle a fait la ronde, puis le rush d’adultes, de femmes, d’enfants d’émigrés sénégalais et de jeunes (des ‘’sans papiers’’ notamment).

L’intervention de la police locale a calmé les énervés et les réfractaires à la discipline. Dès lors, l’ordre pouvait régner dans les rangs qui dépassaient de loin le périmètre du bureau consulaire du Sénégal à Valence. Ayant séché plusieurs heures de formation, Mbacké Touré, lui tenait le coup, décidé à obtenir le passeport numérisé. Il était de ceux qui attendaient dans l’unique pièce du local. L’opération était prévue sur quatre jours avant d’être reproduite plus tard à Terrassa et Mataro.

Avec Mbacké Touré, l’anxiété des demandeurs semblait ne pas l’atteindre outre mesure. L’ancien pensionnaire des écoles arabes de Touba (180 Km de Dakar) gardait son calme et le visage avenant quant à l’issue de leurs efforts, comme au premier jour de sa rencontre avec la délégation sénégalaise. Il laisse le souvenir d’un jeune serviable et réfléchi, malgré un air insouciant.

Après un service de thé au lait, il provoque la gêne de son interlocuteur (votre serviteur). Discrètement, il refait la table et remet les tasses à leur place, avant d’entamer une analyse des affaires du monde tels le pétrole, le chômage de masse, les migrations, la paix et la sécurité internationales. Cependant, il reste optimiste.

A son humble avis, la détente dans le monde viendra de l’élection de Barack Obama à la prochaine présidentielle des Etats-Unis d’Amérique. Selon le jeune émigré sénégalais, les différentes attaches, américaine, africaine et asiatique accordent au candidat démocrate une sensibilité à nulle autre pareille dans le gotha politique américain.

Certainement après le Novembre électoral outre-Atlantique, Mbacké Touré pourra revenir au Sénégal et se rendre compte que Khombole est à mi-chemin de son Touba natal et de Dakar, la capitale sénégalaise qu’il n’a pas connu jusqu’à son émigration en Espagne.



SAB/BK

 

Publié dans Immigration

Commenter cet article