un enjeu qui dépasse le football

Publié le par guissguiss

Euro 2008: Demi- Finale : Allemagne - Turquie, un enjeu qui dépasse le football

Ce mercredi soir à Bâle la première demi-finale de l’Euro 2008 opposant l’Allemagne à la Turquie aura des allures de derby dans un pays où les Turcs représentent la première communauté étrangère du pays. L’absence de joueurs d’origine turque dans l’équipe allemande ravive le débat sur la politique d’intégration.

« Wir gegen die Türken ». Nous contre les Turcs. Le Bild ne pouvait être plus clair au lendemain de la qualification de l’Allemagne pour les demi-finales de l’euro 2008. Le match qui se déroulera ce soir à Bâle n’est pas seulement l’affrontement entre deux nations. C’est aussi le match qui place soudainement sur un pied d’égalité la plus grosse communauté étrangère d’outre-Rhin avec les Allemands « de souche ». Même si l’équipe turque fait figure d’outsider face à une Allemagne trois fois championne d’Europe et trois fois finaliste.

La marque de l’échec de la politique d’intégration allemande

C’est la première fois depuis la Coupe du monde 1954 que les deux nations s’affrontent dans une compétition internationale de football. A l’époque, l’Allemagne n’avait pas encore fait appel aux « Gastarbeiter » turcs (« travailleurs invités ») pour pallier son manque de main-d’œuvre. Aujourd’hui ils sont près de 2,8 millions à vivre sur le territoire allemand, nés là ou en Turquie. Après quarante ans, la troisième génération peine encore à faire sa place, économiquement et politiquement.

A Berlin, la communauté de près de 150 000 personnes vit regroupée dans deux ou trois quartiers. Les plus pauvres, les plus touchés par le chômage. Ceux qui depuis le début de la compétition explosent à chaque fin de match de la Turquie encore bien plus fort que pour les victoires des hommes de Ballack. Comme après la miraculeuse victoire face à la Croatie où des dizaines de milliers de Turcs avaient bruyamment investi les rues. A la hauteur du silence et du calme qui régnait dans les rues de Neukölln ou de Kreuzberg après la défaite contre le Portugal. Cette semaine, dans le Frankfurter Rundschau, l’essayiste et journaliste allemande Mely Kiyak, qui considère que toute cette effervescence d’avant-match et ce besoin de se mesurer aux Allemands porte la marque de l’échec de la politique d’intégration allemande, commentait ainsi :

« On peut repérer le complexe d’infériorité de ce groupe négligé politiquement et socialement, qui a encore soif d’égalité alors qu’il en est à la troisième génération, autant dans l’ivresse de la victoire que dans le désespoir de la défaite. »

Aucun joueur d’origine turque dans la « Mannschaft »

Même écho chez les Verts qui s’étonnent qu’aucun joueur d’origine turque ne figure dans l’équipe allemande. On est loin de l’équipe de France qui agite avec ostentation sa bannière black-blanc-beur. En Allemagne aucun joueur turc n’a fait le choix du maillot blanc de la « Mannschaft ». Emblématiques, les cas de Hamit Altintop et Hakan Balta, deux piliers de l’équipe turque. Tous deux sont nés en Allemagne et évoluent dans des clubs allemands. Mais ils ont préféré jouer sous la bannière turque, parce qu’ils se sentent turcs avant tout, expliquent-ils. Alors que Podolsky ou Klose, nés en Pologne, évoluent au sein de la Mannschaft.

« Pourquoi des joueurs aussi talentueux que Altintop ou Balta ne joueraient pas au sein de l’équipe nationale allemande », s’interrogeait Claudia Roth, co-présidente du parti des Verts allemands dans une interview au quotidien turc Hurriyet :

« Nous devons être capables de naturaliser ces jeunes. Nous devons leur donner le sentiment qu’ils sont d’ici. (…) Rendre la naturalisation plus difficile n’est pas une solution pour un pays. »

L’eurodéputé Vert allemand aux origines anatoliennes Cem Özdemir y voit aussi un échec de la politique d’intégration allemande mais ne désespère pas, confie-t-il à Bild, de voir un jour « un joueur d’origine turque rejoindre l’équipe nationale allemande ».

Appel à la fraternité après le match

Ce soir, Berlin, où vit la plus grosse communauté turque du pays, sera donc coupée en deux. Jusque-là l’ambiance a plutôt été bon enfant. Beaucoup de voitures et de taxis circulent avec les doubles drapeaux turcs et allemands en ornement. « Le match de ce soir est historique », commente Mehmet Sahin, chauffeur de taxi : « Ce sera surtout une grosse fête pour nous. Si l’Allemagne gagne, nous serons tristes mais nous serons là pour la soutenir en finale. »

Devant la porte de Brandebourg, près d’un million de supporters des deux équipes sont attendus ce soir. Les services de police assurent qu’ils n’ont pas prévu de dispositif particulier pour ce match. Jusque-là aucun incident n’a été déploré. Ce matin, le quotidien turc Hürriyet a publié un éditorial bilingue coécrit avec l’éditorialiste du Bild appelant à la « fraternité avant tout ». Le sélectionneur allemand Joachim Low qui connaît bien le football turc pour avoir entrainé deux de leurs clubs appelle au calme ce soir, quelque soit le résultat. Concluant un peu angéliquement, « nous vivons ensemble en Allemagne. Ce n’est que du football ».

Source Rue89.fr

Publié dans Sports

Commenter cet article