La marche de Wade… Par Fatou Diop

Publié le par guissguiss

La loi 42-2008 du 11 juin 2008 portant modification de l’article 27 de la constitution est sur la table de l’assemblée Nationale. Wade avait juste reculé pour mieux sauter. Dans le stade olympique de l’arbitraire où il détient les records de violation de la loi, il a décidé d’augmenter la durée du mandat du Président de la République de 5 à 7 ans, sans passer par la voie référendaire.

Les constitutionnalistes, financièrement indépendant, ont été unanimes pour dire que cette loi n’était pas interprétable. Le référendum est la seule issue. Même dépassant la lettre pour plonger dans l’esprit de la loi, le Professeur Demba Sy, constitutionnaliste qui avait participé à la confection de la constitution signale que c’est justement « pour qu’un président ne puisse pas faire plus de 10 ans au pouvoir que le mandat était limité à 5 ans renouvelable une seule fois. »

Wade est encore dans son élément. Il a l’habitude de satisfaire ses moindres caprices de monarque républicain en faisant fi de la charte fondamentale de notre pays. Les débats sur la légalité ou non de ses actes sont laissés aux amuseurs de galeries. Il n’a pas le temps de les écouter, il continue son bonhomme de chemin. Ce qui compte pour lui, c’est la stratégie qu’il va développer. Au moment de la préparation des élections présidentielles et législatives il avait pris la responsabilité, sur lui, de nommer d’une manière discrétionnaire les membres de la CENA sans s’enquérir de la position des partis de l’opposition. Puis il a avalisé leur prestation de serment 
ns tenir compte des récusations faites sur la personne de certains d’entre eux. Il a fait passer la décision de coupler les élections en augmentant la durée du mandat des députés en parfaite violation de la constitution qui limite le mandat à 5 ans (art 60). Il a fait voter, à travers sa majorité, la loi Ezzan, protégeant des commanditaires d’un crime de sang et ne se gêne pas pour mettre sur la table la somme de 50 millions des contribuables pour trouver les assassins de Mamadou Lamine Badji.

Wade est dans une logique qui n’a rien à voir avec la république. C’est de la « wadocratie » diront d’aucuns. Les libertés individuelles et collectives sont constamment bafouées. Boubacar kambell Dieng de la rfm vient de faire les frais de la furie policière d’un état policier après la famille Dias, les leaders de l’opposition, les défenseurs des consommateurs, les étudiants… L’impunité est à son paroxysme. Les agresseurs de Pape Cheikh Fall courent toujours de même que ceux de Talla Sylla. Les responsables des attaques du convoi de Idrissa Seck et de sa maison sont aussi dans la nature de même que les responsables des menaces de mort contre Dansokho, Abdou Latif Coulibaly…

La boulimie foncière continue son bonhomme de chemin. Une stratégie de patrimonialisation du domaine nationale suit son cours. La GOANA est, le prétexte trouvé, pour attribuer des milliers d’hectares à des proches, des marabouts et des partisans. La boulimie foncière n’épargne aucun coin de la capitale. Mêmes des espaces déjà construits et utilisés depuis des années sont visés. L’hôpital Aristide Le Dantec, le camp Lat Dior, le stade Assane Diouf et le Lycée Lamine Gueye entrent dans ce cadre.

La quête à l’argent liquide pour remplir les poches de proches et souteneurs politiques n’a pas épargnée la sécurité de notre pays. L’asecna est ciblée avec des risques d’accidents aériens. La BCEAO sommée de reverser son excédent aux pays membres. Les 800 millions de dollars de la FAO, publiquement réclamés à Rome. « Donner moi le budget de la FAO et laissez moi faire » disait Wade.

Le train de vie élevé de l’Etat constitue un goulot d’étranglement pour les pauvres contribuables mais Wade en à cure. Il a récemment augmenté le nombre de ministres et multiplie ses voyages de prestige. Il a trouvé le cynique plaisir de tout mettre sur le dos des contribuables. Les charges fiscales soutirent aux goorgorlous leurs maigres ressources. Au sénégal le prix du litre d’essence est de 823 franc tandis qu’à la même période, au Benin, il est de 430 francs d’après le Témoin N° 911 du 11 au 17 juin 2008.

Tout en déployant une stratégie de maintien au pouvoir qui ne dit pas son nom, Wade excelle dans la promesse et inscrit son peuple dans la logique du mirage. Il nous avait promis la venue avant fin 2005 d’un tramway à Dakar, le dégagement, chaque année, de 60 milliards à répartir en investissement entre quatre capitales régionales ; la construction d’un chemin de fer Dakar-Ziguinchor ou plutôt Ziguinchor-Dakar, « c’est-à-dire que la construction commence par Ziguinchor vers Tamba et Dakar. » disait-il, une autosuffisance alimentaire pour le Sénégal, Un tunnel sous la Gambie, la venue de sept (7) Trains à grande vitesse (Tgv), faire du Sénégal le premier pays exportateur de Pétrole, la réinsertion des jeunes avec : « le chantier des jeunes inactifs des quartiers », le décollage du 1er avion du nouvel aéroport en février 2006, la fin totale des délestages le 15 octobre 2006 etc..

Il faut l’arrêter pendant qu’il est encore temps. Les assises nationales ne doivent pas constituer un espace de concentration des énergies de l’opposition. Ce n’est qu’une réflexion. Nous n’arrêterons jamais de le dire. Le diagnostic qui se fera ne sera pas plus éloquent et plus pertinent que le constat quotidien que font les sénégalais : Wade déraille et continue sa marche vers l’abîme. Il n’y a pas de maux plus profonds que le mal vécu. Le pays le suit, malheureusement. Nos institutions légalisent ses actes, le peuple laisse faire. Il ne faut pas s’asseoir quand l’arbitraire emprunte les artères de notre nation. Wade n’a pas un contre-pouvoir qui lui fait réfléchir aux conséquences de ses actes. Il se croit tout permis. Il n’hésite pas à franchir le pas devant sa volonté de magnifier le ridicule et de légaliser la bêtise. La première priorité de l’opposition devrait être de trouver les voies et moyens de limiter ses dérives. Il faut le pousser à réfléchir à deux fois avant de nous lancer une injure républicaine. Nous l’avions dit, en ces termes, dans notre proposition adressée aux assises : « la troisième proposition consiste à mettre sur pied des structures de veille. Les assises nationales dureront le temps qu’il faudra mais entre temps les dérives de Wade ne risquent pas de s’estomper puisqu’il en a déjà fait son jeu favori. Des structures qui pourront se former compte tenu des affinités et positions politiques mais qui veilleront de manière concertée sur le respect de la démocratie et de la justice. Les actes illégaux de Wade devront être combattus par tous les moyens. Toutes les formes de luttes pacifiques devront être exploitées pour maintenir Wade dans le respect de la légalité et de la démocratie en attendant qu’une solution démocratique, à son débarquement, soit trouvée. »

La seule initiative qui fera reculer Wade c’est de lui faire face. La détermination des jeunes de l’opposition pour lui imposer de respecter le droit de marche a payé. « Autorisation ou pas nous allons marcher » avait dit Barthélemy Dias

Wade est la machine à problèmes du Sénégal. Si nous mettons toutes nos énergies à diagnostiquer les problèmes, nous aurions réussi à ignorer le virus pour se concentrer sur la maladie.

Fatou Diop

fatouivon@yahoo.fr

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